« Consciences en éveil » – Ne plus entendre dire : on ne savait pas …

« Gilets jaunes » : le FN, Rassemblement national,fait le pari de l’infusion des idées

Le Monde 13/12/2018 Par Lucie Soullier

La concomitance entre la signature du pacte de Marrakech et l’essor du mouvement contestataire permet au parti d’extrême droite d’opposer immigration et pouvoir d’achat.

Manifestation des « gilets jaunes » sur la promenade des Anglais, à Nice, le 8 décembre. VALERY HACHE / AFP
Effet d’aubaine pour l’ex-Front national. Deux actualités se télescopent, permettant au parti d’extrême droite de raccorder les deux pans de son discours habituel en un même argumentaire : l’immigration, avec l’approbation du pacte de Marrakech par la France, lundi 10 décembre ; les problématiques sociales, avivées par le mouvement des « gilets jaunes ».
Lire aussi Que contient (ou non) le pacte de Marrakech sur les migrations ?
Depuis une dizaine de jours, Marine Le Pen elle-même n’a de cesse de lier immigration et pouvoir d’achat, estimant que le pouvoir « organise » la première au détriment du second.
Lors d’une conférence de presse, le 3 décembre, la présidente du désormais Rassemblement national (RN) affirmait même que les « gilets jaunes » seraient « conscients qu’on ne peut pas accueillir des centaines de milliers de personnes supplémentaires, sans que ça ait une influence sur l’équilibre de nos budgets sociaux et de nos territoires ».
De fait, début décembre, fausses informations sur le pacte de Marrakech et discours antimigrants se sont mis à irriguer groupes Facebook et ronds-points. Une vague concomitante avec le lancement de la campagne anti-pacte de Marrakech organisée par l’ensemble des satellites nationalistes du paysage politico-médiatique français – du président de la formation souverainiste Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, à l’hebdomadaire Valeurs actuelles, en passant, donc, par le RN.
« Ça a cartonné sur les réseaux sociaux »
« Gilets jaunes » ou pas, le parti de Marine Le Pen aurait évidemment vilipendé ce texte international non contraignant sur les migrations, tant la charge contre l’immigration est inscrite dans son ADN. Mais le fait que ce débat ait lieu au même moment que le mouvement de contestation français permet à l’extrême droite de tirer la question sociale sous un angle nationaliste.
« Le RN est en train de tracer son sillon autour des gilets jaunes pour les enserrer dans ses propres problématiques », résume l’historien spécialiste de l’extrême droite, Nicolas Lebourg. A savoir : l’immigration. Un terrain sur lequel n’ira pas La France insoumise, autre parti d’opposition qui semble pouvoir bénéficier politiquement de l’effet « gilets jaunes ».
Cette opposition immigration/pouvoir d’achat est donc aussi stratégique qu’idéologique pour le RN puisqu’elle lui permet de ne pas laisser la question sociale lui échapper au bénéfice de la gauche. « Ça a cartonné sur les réseaux sociaux, se gargarise ainsi Jordan Bardella, favori pour ravir la tête de liste RN aux élections européennes de mai 2019. C’est bien qu’on a réussi à faire passer le message. »
Une infusion des idées d’autant plus opérante que « le RN peut se permettre le luxe de relayer sans trop appuyer dessus », analyse le sociologue spécialiste de l’extrême droite, Sylvain Crépon. Et pour cause : nombre de groupuscules qui ne sont pas structurellement liés au RN mais relaient ses thèses font le travail pour lui sur les réseaux sociaux. « Fdesouche et énormément d’autres satellites plus ou moins officiels peuvent faire de l’entrisme virtuel, relayer ses idées » sans être taxés de récupération politicienne, ajoute M. Crépon.
Représidentialisation de Marine Le Pen
 suite
Note complémentaire – Marine Le Pen, députée de la 11è circonscription du Pas-de-Calais peut prétendre à l’indemnité parlementaire qui s’élève à 5999.80 euros, comme le rappelle Capital. A cela s’ajoute une indemnité de résidence et une indemnité de fonction non imposable pour un total brut d’un peu plus de 7100 euros
Source https://www.planet.fr/politique-salaire-des-politiques-que-touchent-emmanuel-macron-valerie-pecresse-ou-segolene-royal.1411460.29334.html

Face aux « gilets jaunes », les « insoumis » avancent prudemment leurs pions

Le Monde 13/12/2018 Par Abel Mestre Chargé, entre 2008 et 2015, du suivi de l’extrême droite au Monde,
Réunis en convention les 8 et 9 décembre à Bordeaux, les militants de La France insoumise ont affiché un soutien sans faille

Jean Luc Melenchon rencontre une femme gilet jaune .  FI, France Insoumise

Jean-Luc Mélenchon en marge de la marche pour le climat, à Bordeaux, le 8 décembre. UGO AMEZ POUR « LE MONDE »
« Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur. » Cette phrase tirée des Mariés de la tour Eiffel de Jean Cocteau résume parfaitement l’attitude de La France insoumise (LFI) vis-à-vis des « gilets jaunes ». Les « insoumis » en sont persuadés : ce mouvement horizontal et apartisan confirme leurs prédictions et leurs idées autour du changement des institutions, du rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ou encore de l’augmentation des salaires. Il en va aussi de la méthode populiste, qui veut dépasser la gauche pour « fédérer le peuple ».
Pour eux, les idées portées par les « gilets jaunes » étaient déjà présentes dans le livre de Jean-Luc Mélenchon L’Ere du peuple (Fayard, 2014) et lors de la campagne présidentielle de 2017. La pensée « insoumise » aurait donc infusé dans la population. « Dans le premier document de revendication, à part la demande de reconduite dans leur pays d’origine des déboutés du droit d’asile, tout le reste correspond aux idées que l’on défend », avance ainsi Manuel Bompard, dirigeant du mouvement.
Une situation que Jean-Luc Mélenchon a résumée dans son discours prononcé lors de la convention de LFI, réunie les 8 et 9 décembre à Bordeaux : « Votre mission, c’est d’être dans les mobilisations. Vous ne soutenez pas les “gilets jaunes”. Vous en êtes membres ! Vous en êtes partie prenante ! Ce mouvement est une révolution citoyenne telle que nous la décrivons dans L’Ere du peuple ! »
« Le mouvement a son autonomie »
Pour autant les « insoumis » avancent avec une prudence de Sioux. Ils savent que toute récupération serait une faute, et pourrait braquer le mouvement contre eux. Ils se contentent donc, pour l’instant, d’un soutien actif et d’une certaine forme de bienveillance à l’égard des « gilets jaunes ».
Lundi soir, à l’issue des annonces d’Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon a ainsi affirmé « que “l’acte V” de la révolution citoyenne dans notre pays samedi [15 décembre] sera un moment de grande mobilisation » en prenant soin de préciser immédiatement qu’il s’en « [remettait] à la décision qui sera prise par tous ceux qui sont dans l’action ». « Ce serait une erreur d’arriver et de mettre notre nom dessus, estime de son côté M. Bompard. La conscience politique ne s’injecte pas de l’extérieur. Elle se construit par la revendication collective, les assemblées citoyennes sur les barrages. »
Alexis Corbière, député de Seine-Saint-Denis, abonde : « Il ne faut pas chercher à récupérer ou incarner le mouvement, mais lui être utile. Ce qui fait la force des “gilets jaunes”, c’est qu’ils existent par l’action. Pour l’aider il ne faut pas chercher à le capter, il a son autonomie, ses victoires. » Illustration de la difficulté de l’entreprise pour les « insoumis », la mésaventure de François Ruffin avec les « gilets jaunes » de Flixecourt. Le député de la Somme, très à la pointe dans le mouvement, a été gentiment congédié pour des raisons « d’indépendance politique ».
Charlotte Girard, corédactrice du programme de LFI, ajoute, pour sa part, que « le mouvement est déjà politique. On ne veut vraiment pas le récupérer ». Elle précise encore : « Mais il faut rendre intelligible la signification du mouvement. Elle existe, elle n’a pas à être créée. Il y a des buts politiques, mais pris en charge par des individus. Il faut en faire un mouvement collectif. Ce mouvement destituant doit devenir un mouvement constituant. »
Car là réside le nœud du problème pour LFI. Comment incarner « les gilets jaunes » sans les récupérer ? Comment devenir un débouché à un mouvement protéiforme ? « On le saura quand il y aura un vote », tranche M. Mélenchon. Et c’est d’ailleurs ce que les « insoumis » prônent : la dissolution de l’Assemblée nationale. Le mot d’ordre, adressé au premier ministre, Edouard Philippe, est simple : « Cédez ou partez », mais aussi « partez, mais cédez avant ».
« Le RN ne porte pas la hausse du smic ou le rétablissement de l’ISF. Et les “gilets jaunes” ne construisent pas le clivage autour des questions identitaires mais des questions de classe et de l’oligarchie »
La suite
 reportage : « Gilets jaunes » : le discours politique infuse sur les ronds-points
par Abel Mestre (Bordeaux, envoyé spécial)
Note complémentaire – En tant que député élu à l’Assemblée national, Jean-Luc Mélenchon a droit à l’indemnité parlementaire de à 5999.80 euros ainsi qu’à une indemnité de résidence et une indemnité de fonction non imposable pour un total brut d’un peu plus de 7100 euros.
Source  https://www.planet.fr/politique-salaire-des-politiques-que-touchent-emmanuel-macron-valerie-pecresse-ou-segolene-royal.1411460.29334.html?page=0%2C4

 

« Gilets jaunes » : sur les ronds-points, la chasse à l’info et la tentation du complot

Dans l’Yonne, certains protestataires doutent de l’attentat de Strasbourg, tout en se méfiant des fausses informations.

Le Monde 13/12/2018 Par Faustine Vincent

Les « gilets jaunes » du rond-point de Villeneuve-La-Guyard, le 12 décembre. Faustine Vincent / LE MONDE
Ils trouvent ça bizarre, quand même. La dizaine de « gilets jaunes » réunis ce mercredi 12 décembre au rond-point de Villeneuve-la-Guyard, dans l’Yonne, ne peuvent s’empêcher d’avoir des soupçons sur l’attaque meurtrière survenue la veille au marché de Noël de Strasbourg. « Le fait que ça arrive maintenant, c’est louche », estime Philippe, la moustache gelée par le froid glacial. « En plus ils ne diffusent pas le nom ni la photo du gars, alors que d’habitude ils le font », s’étonne ce retraité de la SNCF de 58 ans [l’identité de l’auteur présumé de la fusillade a été diffusée depuis].
Dans le groupe, chacun y va de son hypothèse. Ils n’ont qu’une certitude : « Depuis, on ne parle plus que de ça à la télé, et plus des “gilets jaunes” ». Or, « si on ne nous voit plus, il n’y a plus de mouvement », raisonne André, retraité de la Banque de France. Emmitouflée dans sa doudoune, Patricia, 67 ans, ose alors formuler à voix haute la conclusion logique qui s’impose à ses yeux : « On a l’impression que c’est le gouvernement qui a fait ça, pour que notre mouvement s’arrête. » Ses voisins s’exclament, l’air réprobateur. L’ancienne ouvrière en intérim marque une pause, comme pour prendre elle-même la mesure de ce qu’elle vient d’énoncer. « Je sais, c’est énorme, ce que je dis. » « Vous voyez le gouvernement faire ça ? Ce serait scandaleux », objecte Philippe.
suite

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Politique, Social, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.