Injustice fiscale : pourquoi l’impôt ne joue plus son rôle

Là-bas – 25/12/2018 – journaliste : Jonathan Duong – réalisation : Sylvain Richard – montage : Jérémie Younes –
« Taille, impôts et corvées » (gravure, 1789, musée Carnavalet)
[RADIO] Alexis Spire : injustice fiscale, pourquoi l’impôt ne joue plus son rôle
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L’étincelle qui a mis le feu aux Champs-Élysées, c’est la taxe sur les carburants : l’injustice globale a fait monter la colère du pays, l’injustice fiscale en particulier a mobilisé les Gilets jaunes.
Pourtant, l’impôt est censé être un instrument de justice sociale : redistribuer les richesses, de ceux qui ont beaucoup vers ceux qui ont moins. Le sociologue Alexis Spire publie au Seuil Résistances à l’impôt, attachement à l’État. Enquête sur les contribuables français, fruit d’une enquête de cinq ans dans les centres d’impôts et auprès des contribuables français. Il montre comment la contestation de l’impôt a peu à peu changé de camp. L’impôt pèse de plus en plus injustement sur les classes populaires, alors que les dominants, eux, s’accommodent d’un impôt dont ils parviennent à s’exonérer.
Mais c’est aussi la contrepartie de l’impôt, la redistribution, que les gouvernements tendent à effacer : fermeture des lignes de train, suppression de classes dans les écoles, fermeture des bureaux de poste, la casse des services publics depuis des années alimente la colère contre un impôt dont on ne voit plus forcément à quoi il sert. Moins d’impôts oui, mais plus d’État social !
Un entretien de Jonathan Duong avec Alexis Spire, sociologue, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique, auteur de Résistances à l’impôt, attachement à l’État. Enquête sur les contribuables français (Seuil, 2018) et de l’article « Aux sources de la colère contre l’impôt » dans Le Monde diplomatique de décembre.

« Résistances à l’impôt, attachement à l’État »  – Enquête sur les contribuables français – Alexis Spire –
Sortie le 6 septembre 2018 / 348 p. / 22 €
Le thème du « ras-le-bol » fiscal revient régulièrement dans le débat public français. Les formes prises par la contestation varient, de l’exaspération discrète aux mobilisations les plus bruyantes. Pourtant, les contribuables continuent massivement à remplir leurs obligations.
Contre toute attente, ce sont les ménages bénéficiaires des politiques sociales qui se montrent les plus critiques à l’égard des prélèvements. À l’inverse, l’adhésion au système fiscal est d’autant plus fièrement revendiquée par les membres des classes supérieures qu’ils peuvent en apprivoiser les règles. Tel est le paradoxe que cet ouvrage explore, en se fondant sur une enquête statistique inédite ainsi que sur des observations et des entretiens menés auprès de contribuables ordinaires venus au guichet pour contester, négocier ou payer leur dû. Il révèle les fractures de la société, au miroir des prélèvements.
Loin d’être le simple produit d’un individualisme débridé, la résistance à l’impôt reflète l’identification à des groupes – les classes moyennes, les indépendants, les ruraux – qui se perçoivent comme oubliés des institutions. À l’ombre des missions régaliennes et des prestations les plus visibles, il existe pourtant tout un pan de l’action de l’État dont les bénéficiaires n’ont pas conscience et qui pourrait disparaître faute d’être défendu.
Alexis Spire est sociologue, directeur de recherche au CNRS. Il a notamment publié Étrangers à la carte (Grasset, 2005), Faibles et puissants face à l’impôt (Raisons d’agir, 2012) et, avec Katia Weidenfeld, L’Impunité fiscale (La Découverte, 2015).

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