Qui veut la peau de la dinde ?

Le Canard enchaîné – 26/12/2018 – Conflit de canard – 
C’est le repas traditionnel de Noël. Tous les ans, pour le réveillon, 2 million de dindes sont sacrifiées. Sauf que, la bonne grosse dinde à enfourner couronnée de marrons, c’est la volaille tradi qui cache le poulailler industriel. La France est la troisième puissance dindonnière mondiale et 97 % des 50 millions de dinde qui y sont tuées chaque année sont industrielles. Une aubaine pour l’agroalimentaire.  Meleagris gallopavo, reprofilé génétiquement pour l’élevage intensif, est en effet la protéine de viande la moins chère sur le marché;: son coût de production est encore plus bas que celui du poulet en batterie.
Pourquoi une telle performance ? Juste avant de partir à l’abattoir, la dinde industrielle affiche sur la balance jusqu’à 20 kilos, ce qui donne à raison de cinq volatiles en moyenne par mètre carré, 100 kilos de volaille ! Une densité de bidoche deux fois plus forte que celle du poulet industriel. Si la dinde est aussi compétitive, c’est parce que l’on a sélectionné une souche à croissance ultrarapide, la « dinde à pattes blanches ». Prenez un dindonneau mâle qui arrive chez l’éleveur à moins de 100 grammes : cent cinq jours plus tard, il a dépassé les 15 kilos, la prie de poids la plus rapide de l’Ouest, comprenez de la Bretagne, qui produit 40 % des dindes industrielles. Ou plus exactement des dindons. 
Les mâles étant deux fois plus costauds que les femelles, en guise de dinde, l’agroalimentaire nous fait surtout avaler du dindon. Et le poids moyen de l’athlète en poulailler industriel ne cesse de grossir : il a presque doublé en tente ans, avec un poitrail bodybuildé afin de pouvoir y tailler plus de filets et d’aiguillettes. Comme il ne peut pas entrer dans un four, contrairement à son cousin sauvage, qui plafonne à 4 kilos, on retrouve notre dindon sous forme de viandes recomposées dans un tas de plats préparés : nuggets, croquettes, saucissons, boudins… Même sa peau est utilisée pour confectionner ballotines et paupiettes.
Dernière trouvaille de l’agroalimentaire : la proposer en lamelles frites pour l’apéro. Tout est bon dans la dinde ! Sauf que Melaegris gallopavo, transformé en usine sur pattes, est devenu hypersensible aux infections et qu’il faut le bourrer d’antibiotiques, au point d’en avoir fait la volaille la plus traitée. Ajoutez-y une viande pleine de flotte parce qu’elle a poussé trop vite, et le dindon de la farce, c’est le consommateur. Joyeuses fêtes quand même !

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