La démocratie sait être résistante

L’écrivain israélien Amos Oz, aimait dire que « le contraire de la guerre ce n’est pas l’amour, mais le compromis ». Nos démocraties en regorgent, et c’est tant mieux. | PHOTO D’ILLUSTRATION/FOTOLIA
Ouest-France31/12/2018 par Laurent MARCHAND.
Le retour de certaines formes violentes de la revendication politique expriment une colère, un malaise social criant, une souffrance. Une demande de respect à laquelle il va falloir répondre. Elles dénotent, dans le même temps, une hostilité au fonctionnement même de notre démocratie. Or, ce qui fonde nos démocraties, c’est justement la participation, la médiation, et le compromis estime notre éditorialiste Laurent Marchand.
Inutile d’arborer un optimisme béat : le catastrophisme, en cette fin d’année 2018, se porte plutôt bien en Occident. Après dix ans de crise et la poussée un peu partout des forces extrémistes, les démocrates occidentaux ont peur. Peur de revivre l’horrible film de la première moitié du siècle dernier. Peur d’un déclassement inexorable. Peur, par Toutatis !, que le ciel ne leur tombe sur la tête ! C’est le sentiment qu’ont eu de nombreux Américains le soir de l’élection de Trump.
L’heure est donc aux atrabilaires, aux intellectuels acariâtres toujours disponibles sur les plateaux télé, aux professionnels du diagnostic létal. La démocratie serait moribonde, une nouvelle ère exaltant le peuple nous attendrait. Sic ! Pour la plus grande joie des puissances autoritaires qui observent au balcon.
Le retour de certaines formes violentes de la revendication politique est bien sous nos yeux. Elles expriment une colère, un malaise social criant, une souffrance. Une demande de respect à laquelle il va falloir répondre. Elles dénotent, dans le même temps, une dangereuse perméabilité aux thèses les plus opposées à nos valeurs démocratiques, une hostilité au fonctionnement même de notre démocratie.
Les craintes sont donc fondées. Mais le diagnostic doit aussi tenir compte de l’observation. Or, la capacité de résistance du système démocratique libéral, c’est-à-dire reposant à la fois sur la légitimité du vote populaire, la séparation des pouvoirs et les règles de l’État de droit, est plus grande qu’on ne le dit. Plusieurs exemples récents nous le montrent.
Éloge du compromis
En Pologne, le gouvernement a finalement dû revenir sur son projet réactionnaire de museler l’appareil judiciaire, à la suite des pressions des Européens. Le dialogue et la négociation ont prévalu sur les slogans contre « l’ennemi » de l’extérieur ou le « soviétisme » de Bruxelles.
En Hongrie, le régime de Viktor Orban fait face en cette fin d’année à une vive opposition dans la rue. On manifeste à Budapest contre la corruption, mais aussi contre la politique de fermeture du pays à toute immigration qui se répercute sur les travailleurs hongrois.
En Italie, Matteo Salvini, qui souhaitait braver Bruxelles sur les comptes publics, a dû raboter son projet de budget initial. Les épargnants italiens, hostiles à toute sortie de l’euro, ont tellement boudé fin novembre les derniers bons du trésor qu’il a dû affaler sa bannière de l’aventurisme et négocier.
Surtout, aux États-Unis, dans un système démocratique pourtant largement miné par le poids démesuré de l’argent, les contre-pouvoirs sont en action. Trump a perdu sèchement aux élections de novembre. Un procureur enquête sur lui. La presse et les médias américains font leur travail de contrôle. Des membres de poids de l’administration le lâchent un à un. Le président de la Réserve fédérale résiste à ses injonctions autoritaires. Une jeune génération s’engage en politique.
Le pire n’est donc pas sûr. Une élection ou un référendum, en tant que tels, n’amèneront aucun printemps si, parallèlement, ce qui fonde nos démocraties – la participation, la médiation, la négociation – n’est pas renforcé. Un esprit éclairé qui vient de nous quitter, l’écrivain israélien Amos Oz, aimait dire que « le contraire de la guerre ce n’est pas l’amour, mais le compromis ». Nos démocraties en regorgent, et c’est tant mieux.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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