Motiver salariés et retraités des classes moyennes à participer à la lutte contre le réchauffement climatique

Biocontact magazine – janvier 2019 – l’édito de jean-Pierre Camo –
Le psychologue américain Abraham Harold Maslow (1908-1970) reste une référence mondiale pour de nombreux psychologues, notamment grâce à ses travaux sur la motivation, abusivement résumés par sa célèbre pyramide qui hiérarchise les besoins humains. A la base de cette pyramide résident les besoins physiologiques (faim, soif…). Au deuxième étage viennent les besoins de sécurité et de protection. Au troisième niveau apparaissent les besoins d’appartenance (famille, groupe). Au-dessus nous trouvons les besoins d’estime de soi et, enfin, les besoins de s’accomplir occupent le sommet de cette pyramide à cinq niveaux. Il reste difficile pour chacun de se motiver pour satisfaire des besoins d’ordre supérieur si les besoins élémentaires (physiologiques et de sécurité) ne sont pas satisfaits. C’est à cette lecture que l’on peut interpréter la colère populaire qui agite notre pays.
En effet, rien ne sert de vouloir motiver les salariés et les retraités des classes moyennes à participer à la lutte contre le réchauffement climatique, à travers le paiement de la taxe carbone, si les salaires et les pensions ne sont pas suffisants pour satisfaire pleinement leurs besoins physiologiques (le frigo vide au 15 du mois, la maison mal chauffée). Revenons à Maslow : comment peut-on motiver sur le long terme en ignorant le court terme ?
Désormais, une mise en œuvre réussie de la transition énergétique ne pourra faire l’impasse d’une acceptation sociale. Ce qui n’est pas le cas du catalogue de mesures actuelles, ressenties comme injustes et punitives. Injustes car elles touchent au porte-monnaie des plus modestes, sans contreparties immédiates. Punitives car l’écologie ne doit plus se résumer à lever des taxes (qui plus est, sur les 34 milliards d’euros que devait rapporter la taxe sur les carburants en 2018, seuls 7 milliards devaient être alloués à la transition énergétique. Un scandale.). La France détient déjà le record européen de prélèvements sociaux, pompant 46,2 % de la richesse produite (chiffres 2017). Insoutenable. Et sans pour autant être capable de faire baisser le chômage et d’assurer des revenus décents aux plus modestes ! Un comble…
Pourtant, de nombreuses mesures visant à augmenter le pouvoir d’achat ont été prises (exonération de certaines charges salariales, suppression de la taxe d’habitation…). Une véritable usine à gaz, qui brouille le message et alimente la méfiance : le Gouvernement ne remplit-il pas une poche pour piocher dans l’autre ? Un (gros) effort de simplification sera nécessaire pour susciter l’adhésion populaire.
La majorité des Français comprend bien les enjeux du réchauffement climatique, de la perte de biodiversité ou de la pollution croissante et veut bien participer, à titre individuel, à un changement de comportement (tri sélectif, sobriété énergétique, consommation plus locale…) à la condition que cela leur reste accessible financièrement.
Quels enseignements tirer de la crise actuelle ? 1/ Écologie et justice sociale sont indissociables. 2/ Oui à l’écologie inclusive, non à l’écologie « punitive ». 3/ Des mesures plus simples pour une meilleure lisibilité (une taxe par-ci, une aide par-là : on n’y comprend plus rien !).
Maslow n’a jamais été aussi actuel…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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