Chantal Jouanno et le débat public, un salaire de provoc ?

Le Canard enchaîné – 08/01/2018 – Hervé Liffran –
Il ne manquait plus que ça ! La révélation du salaire mensuel (14 700 euros brut) de Chantal Jouanno, la présidente de la Commission nationale du débat public, tombe au pire moment. Comment imaginer que le grand débat national sur le pouvoir d’achat des smicards et des personnes à revenus encore plus modestes puisse être mené sereinement dans un tel contexte ? 
Nouvelle surprise : ces 14 700 euros n’obéissent à « aucun décret ni texte« , comme le reconnaît Chantal Jouanno elle-même dans sa réponse au « Canard ». Ce montant a été fixé « à la tête du client » par le gouvernement et entériné par Macron, qui a nommé, le 19 mars 2018, l’ancienne ministre de Sarkozy à la tête de cette autorité administrative indépendante (AAI). Indépendante… sauf financièrement, en somme. 
Le chef de l’État a même octroyé au passage une augmentation de plus de 10 % à Jouanno par rapport au salaire de son prédécesseur, déjà fort bien traité. S’il s’en était tenu aux textes en vigueur, il n’aurait pu lui accorder que… 1524,49 euros par mois. C’est la somme qui figure dans l’arrêté du 9 juillet 2001 – toujours en vigueur et cité dans plusieurs rapports parlementaires – « fixant le montant de l’indemnité susceptible d’être allouée au président de la Commission du débat public« .
La Cour des compte a publié, en février 2018, un rapport sur les rémunérations des AAI. Mais elle a curieusement passé sous silence cette facétie administrative. Comme elle a tu le véritable salaire versé à Chantal Jouanno… Cette présidente n’est apparemment pas la seule dans ce cas. Comme Jouanno elle-même  le souligne, les émoluments de la plupart des patrons d’AAI sont fixés au cas par cas par l’État. Cette pratique – qui ne date pas de Macron – explique l’étrange hétérogénéité des salaires au sein des 26 AAI existantes. Quand le président de l’Autorité des marchés financiers caracole avec 20 000 euros brut mensuels, son collègue de la Commission d’accès aux documents administratifs perçoit 3 400 euros. Mais il touche une retraite de conseiller d’État.
A vot’ bon cœur, monsieur le Chef de l’État…
Lire aussi : Ce que gagnent les fonctionnaires les mieux payés de la République (Challenges / janvier 2018)

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