Une électricité plombée à 54 % par les taxes

Le Canard enchaîné – 09/01/2019 – Hervé Martin –
Le prix du kilowattheure ne représente, lui, que 25 % de la fortune réglée par l’abonné. Comme le baril de brut dans l’essence à la pompe.
Cette réalité a de quoi faire (re)disjoncter les gilets jaunes : ils sont, comme tous les Français, pressurés autant à domicile que sur les routes. Depuis quinze ans, la tripotée de taxes que l’État applique à l’électricité a doublé ! Ces ponctions atteignent un montant faramineux, comparé au prix de revient des kilowattheures électriques générés par es centrales nucléaires, les barrages  et autres éoliennes. Dans la facture, ce coût de production du kilowattheure ne représente plus que 25 % . Tout comme le carburant brut dans la note d’un plein d’essence.
Résumons : sur une quittance d’électricité à 100 euros, l’État prélève 35 euros de taxes, les producteurs 25 euros, les transporteurs et et distributeurs 40 euros. Rapports aux 65 euros de la facture « hors taxes » les 35 euros de fiscalité représentent un impressionnant 54 % ! Ce pourcentage, bizarrement, n’apparaît pas sur les factures, malgré les calculs – aussi obscurs que détaillés – fournis à l’abonné. 

Révolte sur les Volts
En quoi consistent ces prélèvements fiscaux ? Le kilowattheure est d’abord frappé, comme la totalité des biens vendus en France, par la TVA au taux de 20 % (5,5 sur l’abonnement). A quoi s’ajoutent trois taxes spéciales venues s’empiler au gré des réformes.
La CSPE (contribution au service public de l’électricité) compte pour 15 % dans le prix du kilowattheure. Créée en 2000, elle sert essentiellement à racheter l’énergie renouvelable (éolienne et solaire) produite par les particuliers. 
– La CTA ( Contribution tarifaire d’acheminement – 5 % du prix du kilowattheure), mise en place en 2004, permet de financer le régime spécial de retraite des salariés du secteur électrique.
– Quant à la TCFE (taxe sur la consommation finale d’électricité – 7, %), elle est reversée aux départements et aux municipalités pour l’entretien du réseau. Ces trois taxes sont elle-mêmes soumises… à la TVA ! Et pourquoi pas, demain, à la CSG sur la TVA ?
Au fil des années, la boule de neige ne cesse de grossir. En 2006, le prix du kilowattheure représentait 40 % de la facture; aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 25 %. Des petits malins vont peut-être en déduire que le prix de l’électricité baisse…

L’État ponctionne plein gaz
Le gaz, lui aussi, connaît une explosion de taxes, qui gonflent le prix du kilowattheure. En 2010, celles-ci représentaient 19 % du tarif (hors taxes). Aujourd’hui elles pèsent plus du double : 39 %.
Outre la TVA à 20 %, c’est la faute à deux taxes particulières – elles mêmes soumises à la TVA ! Primo, la contribution tarifaire d’acheminement (CTA), instaurée en 2004 : d’un montant d’environ 5 %, elle finance le régime spécial de retraite des « gaziers ». Deuzio, la très écolo taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel (TICGN), censée dissuader les consommateurs d’utiliser les énergies fossiles. Celle-ci bat des records de voracité : depuis son imposition aux particuliers, elle a flambé de 610 %, passant de 1,19 à 8,45 euros le mégawattheure.  Une taxe si envahissante que sont augmentation, prévue dans le budget 2019, faisait plus que compenser la diminution de près de 2 % du prix du gaz, due en partie à la baisse des prix du baril de pétrole.
Jusqu’à ce que le gouvernement, confronté aux manifestations des gilets jaunes, décide prudemment de décréter un « moratoire ». Enfin, juste pour 2019.
Après, tout dépendra de la fréquentation des ronds-points !

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