Lettre aux Français – Emmanuel Macron et l’Europe : un étrange silence

L’Opinion 14/01/2019 Nicolas Beytout
Il fallait s’y attendre : la lettre d’Emmanuel Macron aux Français a provoqué une litanie de réactions préformatées, aussi bien chez ses adversaires (« bla-bla », « poudre aux yeux ») que chez ses partisans (« relance du quinquennat », « exercice démocratique inédit »). Il n’y a pas de changement de cap, disent les déçus ; il y a changement de méthode, affirment les optimistes.
Pour y voir clair, il faut cependant regarder cette lettre différemment, en cherchant tout ce qu’elle ne contient pas. Un mot, en particulier, manque. Une absence spectaculaire, criante même : le mot Europe. Certes, il apparaît une fois (une seule !), mais dans une phrase quelconque sur « la France, l’Europe et le monde ». L’adjectif « européen » n’est jamais écrit seul : dans sa missive, Emmanuel Macron parle toujours de « projet national et européen » ou de cadre « européen et mondial ».
Quel changement. Voilà un président de la République qui avait éclairé toute sa campagne électorale présidentielle sous l’angle européen, et qui a depuis toujours affirmé vouloir prendre la tête du camp progressiste sur le continent. Or que dit sa lettre de ce projet politique ? Rien. Que dit-il des engagements de la France ? Rien. L’Europe n’est plus le carrefour de toutes les politiques, elle n’existe plus ni comme sujet, ni comme avenir.
Naturellement, cette omission doit être volontaire. Pour des millions de Français et beaucoup de Gilets jaunes, l’Europe, c’est Bruxelles, c’est l’éloignement des centres de pouvoir, c’est la perte d’autonomie dans la décision, l’effacement du lien démocratique, la soumission à une pseudo-légitimité supérieure. C’est cet épouvantail qu’Emmanuel Macron a dû vouloir ranger dans un placard, manière de ne pas avouer que les marges de manœuvre sont réduites. Il n’empêche, à la veille des élections européennes, ce repli fait désordre.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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