Autodestruction – Brexit : la spirale destructrice des majorités négatives

L’Opinion 16/01/2019 Rémi Godeau
And the winner is ? Dans le dernier volet de la tragédie du Brexit, un seul vainqueur : pas le remain, pas le leave, mais le against. Contre l’accord de divorce négocié par Theresa May. Contre un «no deal». Contre la convocation de nouvelles élections. Contre un second référendum. Contre une défiance envers la Première ministre. Contre un blanc-seing à Downing Street. Contre tout et son contraire !
Deux ans et demi après le vote en faveur d’un divorce d’avec l’Union européenne, le bilan est amer : extrême division des Britanniques, extrême décomposition de la classe politique, extrême confusion autour du destin national. Le Royaume donne moins l’image d’une Nation à la souveraineté recouvrée que celle d’un pays clivé au point de ne s’unir que sur des majorités négatives.
Après une sanction massive, Theresa May a pris acte du rejet de son plan par la Chambre des communes. Et a constaté : «Le vote ne nous dit rien sur ce qu’elle soutient». Voire. L’ambigu Jeremy Corbyn soutient le chaos dans l’espoir de provoquer des élections. L’ambitieux Boris Johnson soutient la débâcle avec l’objectif de prendre le pouvoir. Pour le reste, le refus du retrait négocié avec l’UE est si hétéroclite qu’on ne voit pas comment un report de l’échéance du 29 mars pourrait mettre fin à cet hallucinant exercice d’autodestruction. Sauf à considérer – comble ! – que Bruxelles est la solution à cet imbroglio suicidaire.
Avec raison, les Etats européens sont aujourd’hui inquiets des effets collatéraux de ce Winter of disorder. Ce grand peuple que sont les Britanniques démontre que le référendum, et les risques de fake news qu’il charrie en cas d’hystérisation, ne saurait être l’unique réponse à la crise de la représentativité démocratique. Gare aux populistes : on ne construit pas avec des contre.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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