Générosité – Les associations et fondations caritatives victimes d’une chute historique des dons

La suppression de l’impôt sur la fortune, la hausse de la CSG et la mise en place du prélèvement à la source assèchent la générosité des Français.
Le Monde 09/01/2019 Par Isabelle Rey-Lefe

De nombreuses associations caritatives comme Les Restos du cœur reçoivent des dizaines de courriers de retraités navrés de stopper leurs dons. PHILIPPE LOPEZ / AFP
Pour les associations caritatives et les fondations qui vivent d’abord de la générosité des citoyens, 2018 aura été une année noire et 2019 ne s’annonce pas moins sombre. Le syndicat France générosités, qui regroupe 97 d’entre elles, constate, sur les 2,6 milliards d’euros habituellement collectés auprès des particuliers, une baisse de 6,5 % au premier semestre 2018, qui pourrait atteindre 10 % sur l’ensemble de l’année.
Principale raison : la suppression, en 2018, de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), transformé en impôt sur la fortune immobilière (IFI). Le nombre d’assujettis a fondu de 350 000 à 150 000 foyers. Une perte de donateurs potentiels qui pouvaient, jusqu’en 2017, réduire leur imposition de 75 % du montant de leurs dons, dans la limite de 50 000 euros, mais ne voient plus l’intérêt de le faire.
Au 30 juin 2018, date de déclaration du patrimoine taxable, 58 % des dons issus de cette seule source, soit 150 millions d’euros, ont ainsi disparu. La Fondation du protestantisme, qui irrigue la trésorerie d’une centaine d’associations, a vu se volatiliser 38 % de ses recettes par dons, passées de 4 à 2,5 millions d’euros : « Nos donateurs fortunés contestaient l’ISF et préféraient nous donner que le payer, reconnaît Elsa Bouneau, directrice générale. Cet argent va manquer à des acteurs comme l’Armée du salut ou la Cimade et à leurs actions auprès des sans-abri et des migrants… »
La Fondation de France, qui abrite elle-même 850 organismes et fêtera, cette année, ses 50 ans, accuse le coup. Les sommes récoltées fondent à 100 millions d’euros, en 2018, après les 140 millions d’euros de 2017, année, il est vrai, exceptionnelle. « Il ne faut pas voir les avantages fiscaux de l’ISF ou de l’impôt sur le revenu comme des niches, mais plutôt comme un impôt choisi, pour la cause qui motive le donateur, analyse Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France. Philanthropie publique et privée se complètent et permettent au privé de révéler des causes, comme les maladies psychiques ou l’autisme, que l’Etat jusqu’ici négligeait et dont il s’emparera ensuite. »
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Un appel d’urgence aux Français
Avec la mutation de l’ISF, la Fondation Abbé Pierre perd deux tiers de ses dons, soit 400 000 euros en moins, et la Fondation Caritas, du Secours catholique, la moitié, soit 4,5 millions d’euros. Seul le Secours islamique de France voit sa collecte augmenter un peu, de 25 à 26 millions d’euros, « mais c’est moins qu’espéré, reconnaît Mahieddine Khelladi, son directeur exécutif, car nous avons modernisé nos outils de communication par réseau social avec des moyens de paiement par Internet en direction de nos donateurs plus jeunes, qui versent entre 70 et 90 euros ».
Les organismes les plus touchés sont ceux œuvrant dans la recherche médicale. Constatant la baisse sans précédent des dons (– 16 %, soit 8 millions d’euros évaporés), la Ligue contre le cancer a lancé, le 28 décembre 2018, un appel d’urgence aux Français. L’Institut Pasteur enregistrait, en août 2018, une chute de 60 % des dons liés à l’ISF et achève l’exercice 2018 avec un recul de 12 % à 15 %, soit environ 3 millions d’euros en moins. « Nous espérions un rattrapage en fin d’année qui ne s’est que partiellement réalisé », regrette Frédérique Chegaray, responsable du mécénat.
Hormis l’ISF, tout contribuable peut déduire de son impôt sur le revenu 66 % de ses dons, dans la limite de 20 % de ses revenus, à des organismes déclarés d’intérêt général. Ces dons ordinaires proviennent des ménages de la classe moyenne, dont le salaire oscille entre 19 000 et 60 000 euros par an, et alimentent, pour France générosités, 55 % de la collecte par 73 % des donateurs.
Ils sont, eux, perturbés, en ce début 2019, par la mise en place du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu. « Nous sommes très inquiets car le mécanisme complexe renforce l’attentisme des donateurs », confie Mme Chegaray. Le gouvernement a prévu que le contribuable donateur bénéficie, dès janvier, de 60 % de sa réduction d’impôt, estimée sur la base des dons qu’il a faits en 2017, puis ajustée, en cours d’année, sur la réalité de ses dons en 2018. Pas sûr que tout le monde ait compris…

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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