Manifs : les inquiétants jeux de baballe de la police

Le Canard enchaîné – 16/01/2019 – D.H. et C.L. –
Rotule explosée, mâchoire fracturée, côte cassée, œil crevé… Depuis le 17 novembre 2018, pas une manif de gilets jeunes sans son lot de blessés graves : la faute aux grenades lacrymogènes instantanées (25 grammes de dynamite chacune), mais plus encore aux mal nommés lanceurs de balles de défense (LBD), version moderne du Flash-Ball. Ces « armes de force intermédiaire », selon la police, sont capables de causer « des risques lésionnels graves« , voire de tuer une cible à moins de 10 mètres.

Depuis l’acte I, 78 victimes de violences policières ont saisi la police des polices : c’est Eric Morvan, le chef de la police qui l’affirme. Les défenseur des droits précise, de son côté, avoir été saisi de25 cas de blessés par LBD.Bizarrement, aucun policier n’a à ce jour fait l’objet de sanctions pour avoir joué à la baballe. 
Toubib or not toubib
Du côté des bœufs-carottes, enquêter n’est pas sorcier : depuis 2012, ils sont destinataires d’un fichier détaillant chaque tir de balle de défense, les circonstances, le matricule du flingueur, l’identité des victimes, leurs lésions, etc.
Pour les blessés, le ministère de l’Intérieur affiche une tendre sollicitude. L’une de ses récentes circulaires précise : « Un examen médical doit être pratiqué dans les meilleurs délais et un certificat médical descriptif doit être délivré par le praticien.« Et elle rappelle cette consigne : « Le tireur vise de façon privilégiée le torse ainsi que les membres supérieurs ou inférieurs. La tête n’est pas visée. » Les éborgnés seront ravis de l’apprendre. 
Les utilisateurs de LBD sont pourtant bien formés. De surcroît, pour tirer comme il faut, ils disposent d’une visée à pointeur lumineux. « De deux choses l’une, déclare Jérémie Assous, avocat de sept journalistes blessés par des balles de défense. Soit les policiers sont nuls, soit il le font exprès. Et leurs chefs préfèrent fermer les yeux. » Impensable.
Casser les casseurs
Un commissaire parisien opère de savantes distinctions : « Si, dans l’ensemble, CRS et gendarmes mobiles respectent les consignes de tir, c’est loin d’être vrai pour le flics en civil qui interviennent à leurs côtés. » Et de pointer les « détachements d’action rapide » créés par la Préfecture pour chasser les casseurs. Chez eux, dit-il, manier la LBD, « c’est la fête du slip« . La classe… Avocat de plusieurs blessés, Yassine Bouzrou a saisi la Cour européenne des droits de l’homme afin de faire temporairement interdire l »engin. En vain.
Le défenseur des droits, lui, attend toujours que la présidence de l’Assemblée réponde à sa proposition (formulée en décembre 2017) d’interdire les LBD dans les opérations de maintien de l’ordre. Les députés n’ont pas saisi la balle au bond…

A propos werdna01

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