Chantal Jouanno se barricade et met le bazar chez les cumulards

Le Canard enchaîné – 16/01/2019 – Hervé Liffran –
Certains additionnent leur salaire de président d’autorité indépendante et leur retraite de fonctionnaire. Record : 30 000 euros mensuels…
L’ambiance tourne à la parano au sein de la Commission nationale du débat public (CNDP) , qui devait diriger le « débat national » voulu par Macron. Le gouvernement est accusé, mezza voce, par des proches de la présidente, Chantal Jouanno, d’avoir laissé fuité des informations sur le montant de son salaire ( 14 700 euros bruts mensuels). Depuis, l’intéressée a dit renoncer à conduire la grande discussion censée porter, entre autres, sur les bas revenus…
L’interview de Jouanno, parue dans le « JDD » à la veille de ce coup de grisou, avait de quoi mettre l’Élysée en pétard. La cheffe de la CNDP y soulignait l’impossibilité, pour le chef de l’État, de « piloter directement » le débat ou de limiter les thèmes abordés, ISF compris. Chantal Jouanno avait poussé la provoc jusqu’à rappeler qu’un rapport sur l’énergie, rendu en août 2018 par la CNDP, « mettait déjà en garde contre un risque de jacquerie fiscale« . Un avertissement alors ignoré par le gouvernement…
Polémique contagieuse
En ajoutant qu’elle ne renonçait qu’au grand débat et pas à son poste, l’ex-ministre de Sarkozy a aggravé son cas. Le Premier ministre et le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, ont tous deux réclamé implicitement sa démission, sans se soucier de son statut de présidente d’une autorité administrative en principe « indépendante » du pouvoir. Matignon et l’Élysée se sont pourtant bien gardés de suivre la suggestion de Jouanno, qui leur demandait de « revoir à la baisse » le montant de sa rémunération?. Et pour cause : il aurait fallu réviser du même coup celle de nombreuses éminences. Notamment les traitements des 25 autres présidents d’autorités administratives indépendantes, dont les appointements mensuels s’échelonnent de 1 500 à 20 000 euros, pour une charge de travail et des responsabilités pas toujours en rapport…
Ce grand remue-ménage aurait également braqué les projecteurs sur huit cumulards de la fonction publique qui touchent par ailleurs des pensions. En principe, les ex-fonctionnaires à la retraite ne peuvent percevoir un salaire supérieur à un (gros) tiers de leur retraite. Mais, pour les plus hauts gradés, la loi prévoit une exception : quand ils participent à « des activités juridictionnelles ou assimilées, ou à des instances consultatives ou délibératives« , il n’y a plus de limite.
La définition s’applique pile-poil aux autorités administratives indépendantes et à d’autres institutions, tel le Conseil constitutionnel, composé quasi-exclusivement de hauts fonctionnaires retraités. Ce sucre d’orge leur avait été accordé en 2003 par le gouvernement Raffarin. 
Aujourd’hui, seulement deux « ascètes » ont refusé d’en profiter. Charles Coppolani, qui préside l’autorité de régulation des jeux en ligne, a ainsi (provisoirement) renoncé à sa retraite de contrôleur général économique et financier. Il assure également avoir demandé – et obtenu – une baisse de sa rémunération : 16 250 euros brut par mois, tout de même…
La sucrerie de Raffarin
L’ex-préfet de région Jean-François Carenco a mis, lui aussi, sa retraite entre parenthèses. Il se « contente » de ses 16 666 euros brut  de patron de la Commission de régulation de l’énergie. Mais il va bientôt pantoufler chez le promoteur Cogedim…
Parmi les huit cumulards « retraite-salaire », quatre encaissent des montants fort confortables. Ainsi Jean-Louis Nadal, qui a ajouté à ses 8 000 euros mensuels de président de la haute Autorité pour la transparence de la vie publique 7 000 euros brut d’ancien procureur général de la Cour de cassation.
Olivier Schrameck et Françis Delon, respectivement patron du CSA et de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignements (alias les « grandes oreilles »), font mieux encore avec, grosso modo, 15 000 euros d’émoluments, plus 6 000 euros de pension du Conseil d’État.
Mais c’est l’ancien ministre Jacques Toubon qui décroche le pompon : son traitement de 15 725 euros mensuels de défenseur des droits vient gonfler ses pensions d’administrateur civil et de conseiller d’État, ainsi que sa triple retraite d’adjoint au maire de Paris, de député et de parlementaire européen ! Pudique, Toubon refuse de dévoiler le montant de ses revenus au « Canard ». Le total pourrait avoisiner les 30 000 euros mensuels… Le défenseur des droits a bien défendu les siens.

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