Une question capitale : la représentativité du peuple français

Charlie Hebdo – 16/01/2019 – l’édito de Riss –
Il y a ceux qui veulent une assemblée constituante, ceux qui veulent un référendum d’initiative populaire, ceux qui veulent diviser le nombre des élus par dix, ceux qui veulent démissionner le président de la République, etc… Tout ça méritait bien un beau débat.
Cette cacophonie de revendications est cependant traversée par une question capitale : la représentativité du peuple français. Comment peut-on faire pour que les institutions soient davantage en phase avec les Français ? La démocratie représentative, où le citoyen confie la minuscule parcelle de souveraineté dont il est détenteur à un type qui le représentera, le député, semble à bout de souffle. Les raisons d’une telle défiance sont diverses, et, depuis trop longtemps, personne n’y avait sérieusement prêté attention.
D’abord, l’Assemblée élue en 2017 a vu arriver au Palais-Bourbon une quantité importante de députés totalement novices. Des élus qui, depuis deux, n’ont pas encore eu le temps de s’ancrer dans leur circonscription pour pouvoir bâtir une relation de confiance suffisamment grande avec leurs concitoyens.
La Landsgemeinde est la plus ancienne forme de démocratie directe en Suisse, le pays le plus avancé en matière de démocratie directe, où le peuple vote sur des questions importantes quatre fois par an. Mais cette démocratie helvétique comporte aussi des failles et a besoin d’être actualisée. En Amérique du Sud, le pays le plus avancé est l’Uruguay, suivi de l’Équateur.
Autre phénomène un peu négligé : la disparition du député-maire. Jusqu’en mars 2017, date de l’entrée en vigueur de la loi limitant le cumul des mandats, le député-maire pouvait à la fois diriger une municipalité et voter des lois à l’Assemblée. Il avait cet avantage d’être au contact des réalités de la vie de ses électeurs et en même temps de faire remonter au Parlement leurs revendications. En principe. La loi contre le cumul des mandats a supprimé cette configuration afin de lutter contre les cumulards, qui bénéficiaient de la rémunération des deux mandats sans pour autant être efficace dans aucun des deux. Pourquoi pas ? Mais qu’est-ce qui a été mis en place pour maintenir ce lien entre le député et les réalités du terrain? Pas grand chose apparemment.
A cela s’ajoute la question du rôle réel du député. Souvent qualifié de godillot, il est devenu sous la Vème République une vulgaire courroie de transmission entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Son indépendance semble parfois factice, et on se demande à quoi il sert, puisque l’initiative des lois découle en réalité presque toujours de Matignon ou de l’Élysée.
Pour aggraver encore la distance entre les citoyens et le pouvoir, on a supprimé plus de 1000 mairies au nom de la réforme des collectivités territoriales (1). Afin de réduire les dépenses publiques, on a regroupé des communes pour diminuer leur coût de fonctionnement. C’est peut-être efficace sur le plan budgétaire, mais humainement, la disparition de toutes ces mairies, ce sont autant de lieux de rencontre entre le citoyen et les pouvoirs publics en moins. Comme pour les maternités et les gares – elles aussi fermées dans un souci d’économie -, en réduisant le nombre de mairies, on a éloigné encore plus les Français de leurs élus. 
Aujourd’hui, tout le monde réclame un grand débat, des referendums pour toute sorte des choses, comme pour compenser, pour rattraper cette dégradation du lien entre le peuple et ses représentants.
Mais la représentativité coûte cher. Et il ne peut pas en être autrement. Le devoir de représenter correctement le peuple est le premier service que l’État se doit d’assurer. Comme les sous-préfectures et les bureaux de poste que l’on ferme pour des raisons budgétaires, tous les services publics ont un coût élevé. Mais c’est le prix à payer pour que le peuple se sente mieux représenté et écouté. Faire des économies sur la représentativité risque au contraire de coûter très cher à la démocratie. Et ça ne se mesurera pas en euros.
(1) 36558 communes recensées au 1er janvier 2015, puis 35498 début 2017.

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