François et Pénélope s’en vont au tribunal

Le Canard enchaîné – 16/01/2019 – C. N. –
Finalement, il était en avance sur son temps et donnait déjà le bon exemple, François Fillon, lorsqu’il prenait pour cible ces pourris de journalistes. Sa campagne anti-presse, après les révélations du « Canard » sur l’emploi bidon de sa Pénélope, a laissé de grandes citations dans l’histoire : « C’est un assassinat politique ! », « Je ne laisserai pas un tribunal médiatique me juger ! » Deux ans plus tard, Fillon doit être aux anges. C’est un vrai tribunal, tout ce qu’il y a de plus judiciaire, qui s’apprête à le juger.
Grand rassemblement autour de François Fillon, à la Villette, le 29 janvier 2017. La droite acclame «Penelope» et serre les rangs derrière Fillon / Photo Albert Facelly pour Libération
Sans grande surprise, le parquet financier a requis le renvoi de l’assassiné politique devant le tribunal correctionnel de Paris, avec sa femme et son ancien suppléant, Marc Joulaud (Le Monde – 13/12/18). Les habituelles amabilités du Code pénal pour ce genre d’affaires sont au rendez-vous : détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, escroquerie aggravée. Et, c’est à peine croyable, la magistrature confirme tout ce qu’avait écrit « Le Canard ».
Absolument tout : les chiffres, les dates, les carabistouilles de Fillon. Elle n’a, bien sûr, rien trouvé, que dalle, macache, oualou, en ce qui concerne un quelconque travail de madame. Les mêmes interrogations ont conduit au même constat. « Aucune trace écrite« , pas le moindre « témoignage objectif et concordant » pour « confirmer la réalité de l’activité de Pénélope Fillon auprès de François Fillon et de Marc Joulaud« , écrit le parquet. Lequel chronique, en prime, la vie du petit monde que s’était construit l’homme politique, avec ses mensonges, ses serviteurs et ses obligés.
Il y a ses racontars de proches prétendant avoir vu bosser Pénélope « empreinte de loyauté à l’égard de François Fillon, auquel chacun devait se carrière professionnelle« . Il y a le souffre-douleur Marc Joulaud, forcé par son mentor à employer fictivement son épouse, qui touchait, certains mois, « un salaire supérieur à son député-employeur » ! Et puis, bien sûr, l’homme d’affaires Marc Ladreit de Lacharrière, qui l’a embauché sans travail dans sa « Revue des deux mondes », « par amitié ou complaisance« . Celui-là a préféré la procédure du plaider-coupable pour s’éviter la honte d’un procès. La justice publique est plus cruelle, parfois, que le tribunal médiatique…
Et encore, elle a laissé de côté Robert Bourgi, fournisseur officiel de costards du candidat Fillon. L’avocat vedette vient d’être jugé, mais par ses pairs : 1 an d’interdiction d’exercer. Quant à la sentence du propre parti de Fillon, elle vient de tomber : la direction de LR réclame à son ex-champion la somme de 174 310 euros, reliquat d’un prêt de 5 millions consenti pour la présidentielle (1).
Dans ses derniers meetings de 2017, lorsque les journalistes étaient hués, traités de « collabos » et que les militants leur souhaitaient de « se faire casser la gueule« , le mis en examen Fillon restait droit dans ses bottes face aux « accusations abjectes » et répétait : « Je m’en expliquerai devant la justice. » 
Le moment arrive !
(1) Ça tombe mal ! Alors que François Fillon, dans l’affaire des emplois – supposés fictifs – de Pénélope, attend d’être renvoyé devant le tribunal correctionnel, son parti essaie de le taper au portefeuille… En 2017, Les Républicains avaient prêté 5 millions d’euros à François Fillon pour financer sa campagne présidentielle. Or, à ce jour, il n’a remboursé que… 4 825 690 euros. Les 174 310 euros manquants comprennent 124 310 euros de décaissement que la Commission des comptes de campagne n’a pas voulu rembourser à Fillon – les jugeant non électorales- ainsi qu’une amende de 50 000 euros infligée au Sarthois, coupable d’avoir omis de déclarer certaines dépenses… Fillon, pour sa part, considère qu’il ne doit pas rendre au parti les 174 310 euros que l’État ne lui a pas remboursés. 
Un oursin dans la main
Le 20 juin dernier, le trésorier des Républicains, Daniel Fasquelle, a écrit à son « cher François » pour lui demander « formellement (…) dans quels conditions et délais » – il comptait « solder » sa dette à l’égard du parti. L’amende de 50 000 euros est une condamnation personnelle, et la législation du parti interdit de la prendre en charge. Les 124 310 euros de dépenses personnelles du candidat, elles, pourraient sans doute l’être, mais le parti LR traîne toujours 60 millions de dettes. Fasquelle indique que les négociations avec les avocats de Fillon se poursuivent. Comme disent les marchands de costumes chics, avec Fillon, quand y en a plus, y en a encore !

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