Les métaux rares donnent mauvaises mines à la transition écologique

Le Canard enchaîné – 16/01/2019 – Jean-Français Julliard –
Ils portent le doux nom de tantale, gallium, lithium, aimants de terres rares… Ces « métaux rares », comme on les appelle, témoignent du fait que la « révolution verte », espoir de tous les amis de l’environnement, recèle une face cachée. Et qu’elle est plutôt sale. C’est ce que met en lumière, longue en quête à l’appui, le journaliste Guillaume Pitron dans « La guerre des métaux rares ». Paru il y a plusieurs mois,  l’ouvrage vient d’obtenir le prix du livre d’économie 2018.
Les métaux sus-cités, et une trentaine d’autres, sont omniprésents dans tous les secteurs de l' »économie du futur », comme disent les prévisionnistes : moteurs électriques, batteries, composants électroniques, etc. L’extraction et le raffinage de ces merveilles, à grand renfort d’énergie, d’explosifs, d’acides et de cyanures, est une horreur pour la nature.  Or même les énergies renouvelables – éolienne, solaire – en consomment des quantités astronomiques. En somme, alors que l’air va économiser du CO2, la terre et les fleuves vont devoir absorber des flots de pollution. Le bilan écolo – et même carbone – d’une auto électrique est à peine moins désastreux que celui d’une voiture diesel. 
Brigades sinophiles
Qui assume également ce bilan ? La Chine, écrasant leader de cette nouvelle économie – et première extractrice de 28 ressources minérales stratégiques, dont le tungstène (84 % de la production mondiale), le gallium (73 %), le magnésium (87 %) et… les terres rares (95 % !). Le pays de Xi Jinping casse tous les prix mais pratique aussi un sacré dumping écologique, saccageant au passage d’immenses zones de Mongolie intérieure, de Hunan, du fleuve Bleu.
Les États-Unis ont liquidé la plupart de leurs mines, tuées par la guerre des prix chinoise. Jadis la firme Magnequench (Illinois) fabriquait les meilleurs aimants  de terres rares au monde.En 2006, General Motors a vendu sa filiale à des industriels chinois en échange de l’ouverture d’une usine automobile à Shangaï. La firme, qui fournissait le Pentagone, offrira au Céleste Empire sa technologie permettant d’améliorer les missiles de longue portée…
La France a elle aussi sacrifié à cette industrie, écoulant des stocks stratégiques de matières tels le palladium et le platine. Il y a trente ans, Rhône-Poulenc était l’un des deux plus grands chimistes spécialisés das les métaux rares, transformant, à La Rochelle, 50 % de la production mondiale des terres rares, aujourd’hui entre des mains chinoises. Il a fallu attendre 2010 pour que Jean-Louis Borloo crée un Comité pour les métaux stratégiques, et 2013 pour que le Livre blanc de la défense mentionne enfin ces éléments indispensables à la souveraineté militaire. 
Un peu seul, Arnaud Montebourg s’est battu pour « relocaliser » la production minière dans l’Hexagone, mais l’opposition des élus locaux – au nom de l’environnement – reste pour l’instant insurmontable. La France dispose pourtant d’atouts énormes : le second domaine maritime de la planète, entre autres. Wallis-et-Futuna regorge des terres rares, et la Nouvelle-Calédonie de nickel, d’ailleurs exploité. Loin de Paris, les contraintes écologiques se desserrent…
(*) Paru le 10 janvier 2018 – Éditions Les liens qui libèrent – 20 euros
Résumé : Transition énergétique, révolution numérique, mutation écologique… Politiques, médias, industriels nous promettent en chœur un nouveau monde enfin affranchi du pétrole, des pollutions, des pénuries et des tensions militaires. Cet ouvrage, fruit de six années d’enquête dans une douzaine de pays, nous montre qu’il n’en est rien !
En nous émancipant des énergies fossiles, nous sombrons en réalité dans une nouvelle dépendance : celle aux métaux rares. Graphite, cobalt, indium, platinoïdes, tungstène, terres rares ces ressources sont devenues indispensables à notre nouvelle société écologique (voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires) et numérique (elles se nichent dans nos smartphones, nos ordinateurs, tablettes et autre objets connectés de notre quotidien). Or les coûts environnementaux, économiques et géopolitiques de cette dépendance pourraient se révéler encore plus dramatiques que ceux qui nous lient au pétrole. Dès lors, c’est une contre-histoire de la transition énergétique que ce livre raconte – le récit clandestin d’une odyssée technologique qui a tant promis, et les coulisses d’une quête généreuse, ambitieuse, qui a jusqu’à maintenant charrié des périls aussi colossaux que ceux qu’elle s’était donné pour mission de résoudre.
Lire aussi : Métaux rares, la nouvelle dépendance (L’âge de faire – mai 2018)

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