Le gouvernement ressuscite les RG pour ficher les gilets jaunes

Le Canard enchaîné – 23/01/2019 – Didier Hassoux et Christophe Labbé –
Nom, antécédents judiciaires, « implications associatives »… Le Renseignement territorial veut tout savoir sur les « meneurs » des ronds-points.
C’est une instruction secrète qui a été transmise, début janvier, par le ministère de l’Intérieur à ses troupes, chargées du Renseignement territorial : autour des ronds-points, les policiers ont mission de recenser systématiquement et nominativement les « meneurs du mouvement des gilets jaunes ». Le Service central du renseignement territorial (SCRT), qui dépend de la Direction générale de la police nationale, est chargé de ce fichage très sensible.
Comme le stipule un document en possession du « Canard », le SCRT et ses agents doivent repérer « les personnalités exerçant une réelle influence sur le mouvement ou se signalant par des discours ou des commentaires vindicatifs ou subversifs trouvant de l’écho sur les réseaux sociaux« . Et d’affirmer le trait : « des individus qui, aujourd’hui, jouent un rôle réel par leur présence constante, par le caractère fédérateur de leurs actions, par le fait qu’ils ont un potentiel pour être des interlocuteurs des pouvoirs publics ou, au contraire, sont entré dans une forme de radicalité« . Ça en fait du monde !
Catho ou Franc-mac ?
Pour chaque « personnalité« , on demande aux policiers de remplir une fiche informatisée. Y figure, outre sa photo et un état civil complet (pseudo inclus), une foultitude de renseignements : son adresse, son téléphone, sa profession, son véhicule et son immatriculation. Mais aussi, précise le document de l’Intérieur, « ses antécédents et procédures judiciaires« , « son implication associative« , « son influence et son activité sur les réseaux sociaux« , « son implication médiatique », « ses liens avec des éléments ou des mouvements radicaux » et le « financement » du mouvement. Et rien sur la couleur de son gilet ? 
Onze ans après leur suppression par Sarkozy, revoilà donc les bons vieux RG et leur parfum de police politique ! Un retour aux sources qui suscite un malaise au sein même de la police et certains préfets. A la rubrique « Implication associative », on indique quoi ? « Franc-maçon » ? « Va à la messe » ? s’inquiète un gradé du Renseignement. 
La Cnil court-circuitée
D’autant que, une fois bouclée cette collecte du terrain, tous les renseignements sont récupérés par la Place Beauvau à Paris. Vérification faite par « Le Canard », ce fichage qui ne dit pas son nom n’a fait l’objet d’aucune déclaration à la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Et la loi ? C’est pour les chiens (policiers) ? Pris en flag, le ministre de l’Intérieur fait savoir au « Canard » que « les services font leur travail avec les moyens juridiques autorisés par la loi« .
En constituant ce fichier clandestin, le SCRT et l’Intérieur poursuivent un double objectif : d’abord mieux surveiller les gilets jaunes et identifier ceux qui pourraient basculer dans la violence; ensuite, interpeller des meneurs pour tenter d’en faire des balances. Au chapitre : « Observations », on peut en effet lire : « L’intéressé a-t-il fait l’objet d’un contact avec le service, avec des administrations ? Un contact est-il envisageable ?  » Pour faire des « jaunes » (traîtres) sans gilet ?

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