En haut, l’argent transpire mais ne ruisselle pas

L’âge de faire – février 2019 – Fabien Ginisty –
Alors que les grandes fortunes se retrouvaient à Davos fin janvier, un rapport récent d’Oxfam fait le constat de la démesure accrue des inégalités. L’ONG pointe du doigt la fiscalité avantageuse pour les très riches.
On se demande bien ce qu’on pourrait faire avec 112 milliards de dollars. Avec 100 fois moins, on fait tourner tous les hôpitaux et services de santé d’Éthiopie pendant un an, indique l’ONG Oxfam dans son rapport 2019 sur les inégalités mondiales. De quoi donner des idées à Jeff Bezos, l’heureux propriétaire de ces 112 milliards ? L’homme le plus riche du monde a en effet « récemment fait part de son intention d’investir sa fortune dans un voyage spatial, car [il] ne sait plus vraiment où dépenser son argent », a-t-il déclaré. On connaît tous quelqu’un, proche ou non, qui a donné au moins quelques centimes à Jeff Bezos, en faisant ses emplettes grâce à la plate-forme Amazon. Comme avec Bill Gates (90 milliards) et Microsoft, comme avec Marc Zuckerberg (71 milliards) et Facebook ou encore Larry Page (49 milliards) et Google, tout occidental moyen a contribué, à son niveau, à l’édification de tels patrimoines (1) en donnant quelques euros ou quelques données personnelles revendues. De là à dire que ces fortunes nous appartiennent un peu… mais non. « 26 personnes disposent désormais d’autant d’argent que les 3,8 milliards les plus pauvres de la planète« , indique le rapport 2019 d’Oxfam.
Dharavi est un bidonville situé au cœur de l’agglomération de Mumbai en Inde. Dharavi constitue le 2ème plus grand bidonville d’Asie, entre 500 000 et 1 million d’ habitants sur 223 hectares d’anciens marécages.
Chaque année, l’ONG britannique fait le constat d’inégalités qui se creusent de plus en plus, et de plus en plus vite, avec des chiffres chocs qui témoignent de l’ampleur de la démesure. Ainsi, « la fortune des milliardaires a augmenté de 12 % l’an dernier, soit de 2,5 milliards de dollars par jour« . L’inégalité ne s’accroît pas seulement au niveau mondial, mais aussi au sein de la plupart des pays, parmi lesquels les plus prospères. Par exemple, le média états-unien Bloomberg (pourtant très libéral) relève que la fortune des vingt premiers dirigeants américains a augmenté de 175 milliards de dollars en dix ans, alors que « le revenu moyen des ménages américains stagnait« . Pas de « ruissellement » en vue, pourrait-on conclure.
Le pouvoir de la gouttelette
Bill Gates et consorts n »ont pourtant pas beaucoup plus travaillé pour gagner énormément plus : ils ont surtout regardé s’envoler les cours de la bourse. Par ailleurs, ils bénéficient également d’un « contexte fiscal favorable » : les taux d’imposition sur les sociétés, ainsi que ceux visant les très hauts revenus et les patrimoines, sont historiquement bas. Pour l’impôt sur le revenu, Oxfam relève ainsi que dans les pays riches, les taux supérieur moyen a chuté, passant de 62 % en 1970 à 38 % en 2013. Et « dans les pays en développement, le taux supérieur moyen d’impôts sur le revenu des particuliers est de 28 %« . Résultat : les inégalités s’accroissent, mais en plus, les services publics, qui sont censés atténuer les effets de ces inégalités, ne sont plus à la hauteur des enjeux. Cerise sur le manque-à-gagner-fiscal : les quelques 7 600 milliards de dollars placés dans les paradis fiscaux. 
« Une augmentation de seulement 0,5 % de l’impôt sur la fortune des 1 % les plus riches permettrait de collecter plus d’argent que le budget nécessaire pour proposer des soins de santé permettant de sauver la vie de 3,3 millions de personnes… et pour scolariser les 262 millions d’enfants non scolarisés« , précise Oxfam. De quoi donner des idées aux milliardaires de tous pays, réunis à Davos, fin janvier pour le forum économique mondial ? On doute qu’une telle déclaration soit prononcée dans l’antre du capitalisme sauvage. On y parlera sûrement plus volontiers de « matraquage fiscal » et de « coût du travail« . Et l’on persuadera les hommes politiques de la vertu du ruissellement.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Economie, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.