Le nucléaire nous ruine

La Décroissance – février 2019 Stéphane Lhomme –
Notre société est totalement dépendante  de l’énergie abondante et bon marché, des combustibles fossiles et du nucléaire. Dès que celle-ci se renchérit, une crise sociale et politique majeure peut surgir : le mouvement des gilets jaunes le montre. Et pourtant, voici une quarantaine d’années, les nucléocrates nous promettaient une électricité quasi-gratuite, fournie par leurs réacteurs. Échec.
Raillé à ses débuts, taxé d’être réactionnaire voire fasciste, le mouvement des gilets jaunes a rapidement montré qu’il relevait avant tout d’une légitime révolte sociale et solidaire : les gens dits de la « France d’en bas » se sont donné la main et ont subitement montré leur colère d’être continuellement spoliés par une caste de privilégiés qui, non contents de s’enrichir de façon indécente, s’appliquent aussi à venir chercher dans les poches des citoyens les derniers euros qui leur restent. 
Mais revenons au départ du mouvement :  une grande colère contre l’augmentation du prix des carburants, et en particulier contre les lourdes taxes qui représentent carrément les deux tiers du prix d’un litre d’essence, 54 % du prix de l’électricité et 39 % du prix du gaz.Qui plus est, on ne peut pas dire que ces taxes et l’ensemble des impôts payés par les citoyens de France servent à renforcer et développer les services publics puisque, au contraire, ceux-ci sont continuellement réduits depuis des années par les gouvernements successifs. Ceci dit, d’un point de vue décroissant, on pourrait être tenté de justifier les taxes sur l’énergie : plus cette dernière est chère, moins les gens peuvent en acheter et en consommer, ce qui permet de préserver l’environnement. Mais ce raisonnement se heurte immédiatement à la question sociale : les privilégiés peuvent toujours s’offrir l’énergie dont ils ont besoin et même celle que nombre d’entre eux s’appliquent consciencieusement à gaspiller. Et pendant ce temps, ce sont les pauvres qui « sauvent la planète »… en se serrant la ceinture, en ne se chauffant pas ou pas assez, en réduisant leurs déplacements.
C’est alors que nous reviennent en tête les belles promesses des élites technocratiques françaises au début des années 70, qui ont assuré que, avec quelques dizaines de réacteurs nucléaires, le pays accéderait à l' »indépendance énergétique », qui plus est à un coût si bas qu’il serait « presque impossible à calculer »  (autant dire presque gratuit).  C’est ainsi que nous avons aujourd’hui 58 réacteurs en service.
Le nucléaire nous ruine
Du coup, en toute logique, le coût de l’électricité en France devrait être infime, sinon nul. Eh bien, non. Pas de chance, c’est l »inverse. Pourtant, les mêmes élites avaient promis que, une fois amorti le coût des réacteurs, après l’an 2000, le production d’électricité serait un véritable jackpot. Le moment venu, c’est-à-dire aujourd’hui, les réacteurs sont tellement délabrés qu’ils nécessitent des « rafistolages » ruineux qu’EDF est incapable de financer !
Le comble est atteint le 16 janvier 2019 lorsque le Réseau de transport d’électricité (filiale d’EDF) communique pour faire savoir que, du fait de l’arrêt des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Flamanville, l’approvisionnement électrique de l’Ouest du pays dépend de la centrale au charbon de Cordemais (Loire-Atlantique) !
Or, vu l’état de délabrement du parc nucléaire, les arrêts d réacteurs sont de plus en plus nombreux et fréquents. Faut-il donc rouvrir des centrales au charbon ? Au fuel ? A pédales ? A manivelles ? Finalement, que proposer aux gilets jaunes ? L’or noir (pétrole) ou le gâteau jaune (nucléaire) ? Plutôt les énergies dites renouvelables ? Mais il apparaît aussi que les éoliennes et les panneaux solaires sont décriés, gâchant les paysages, nécessitant des matières premières polluantes (les fameuses « terres rares »), posant ainsi des problèmes de recyclage…
Se déplacer à vélo ou à pied ? Oui, assurément… dans les villes. Mais quand vous habitez en zone rurale, vous pouvez difficilement faire sans votre voiture. Et nous avons souvent expliqué dans ces colonnes que la voiture électrique est une calamité environnementale au même titre que la voiture thermique (essence ou diesel), et au moins aussi coûteuse.  alors, que faire ?
Eh bien, votre chroniqueur vous annonce très clairement qu’il n’a pas du tout la solution.
Que faire des déchets nucléaires ? A long terme, aucune solution n’a été trouvée  : un plan doit être élaboré par le gouvernement et un vaste débat public sera organisé  pour trancher (Ouest-France 31/01/2018 –

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