Les centres pour migrants craquent de partout

Le Canard enchaîné – 23/01/2019 – Jérôme Canard –
Depuis le début de l’année, plusieurs centres de rétention administrative (CRA), où échouent les migrants – 47 000 en 2017 -, vivent en surtension. Pour dénoncer les conditions de rétention (insalubrité, violences), des grèves de la faim sont organisées et des plaintes pour brutalités policières ont été déposées auprès des procureurs.  
A Oissel (Seine-Maritime), le CRA est un bâtiment vétuste au toit ruiné, enturbanné de barbelés; des journalistes ont pu le visiter le 10 janvier. Situé le long des nouvelles routes empruntées par les migrants pour rejoindre l’Angleterre, via Ouistreham ou Dieppe, ce centre a reçu 1 285 personnes au cours de l’année 2018.
Une plainte pour violences policières a été déposée, fin décembre 2018, par un jeune soudanais pour des violences policières qu'il dit avoir subies au centre de rétention administrative de Oissel (Seine-Maritime).Une plainte pour violences policières a été déposée, fin décembre 2018, par un jeune soudanais pour des violences policières qu’il dit avoir subies au centre de rétention administrative de Oissel (Seine-Maritime). (Illustration ©SL / 76actu)
Privés de ciel
Tour du proprio : « Sur les neuf dortoirs des hommes, quatre sont fermés à cause des infiltrations d’eau » explique Frédéric Raguin, le chef du centre. Côté femmes, une chambre sur quatre est inhabitable. Les travaux devraient commencer en avril. Si tôt ? Le jour de la visite, 29 hommes étaient « retenus » pour 30 places disponibles, et 9 femmes pour 10 places. Dans un avis sur le budget immigration 2019, le député (LR) Pierre-Henri Dumont mentionnait « un taux d’occupation des CRA de 80 % au premier semestre 2018 (…) soit, en pratique, un fonctionnement à pleine capacité« . C’était compter sans les dortoirs fermés et la durée maximale de rétention passée de 45 à 90 jours. 
Face au risque de saturation le ministère de l’Intérieur entend créer 481 nouvelles places d’ici à 2020. Dans le même temps, l’Intérieur va réduire les effectifs de la police aux frontières (présente dans les CRA) de 14 570 à 13 906 équivalents temps plein.
A Oissel comme ailleurs, les incidents entre les personnes retenues et policiers (bagarres, agressions verbales) se multiplient. De l’avis général, la nourriture est déplorable, l’hygiène aussi. « La douche et les WC à la turque, c’est dans un même bloc, installé dans le dortoir, raconte un retenu au « Canard ». « Dès qu’on fait couler la douche, ça fait déborder les chiottes… » Seuls les hommes accèdent, une fois par semaine, à une cour à ciel ouvert : toutes les autres ouvertures sont grillagées ou obstruées.
La police des médocs
Plusieurs personnels soignants des CRA, interrogés par le « Canard », relèvent une hausse constante des automutilations. Récemment, un marocain a été embarqué avec les vis et autres objets qu’il venait d’avaler… La lutte contre la violence, le désespoir ou même l’ennui se livre à coup de médicaments. « Valium, Tramadol, Lexomil… on a la prescription facile en rétention ! persifle un membre d’une équipe médicale. Sans oublier la cétirizine, contre les démangeaisons dues ç la gale.« 
Quitter Oissel pour de bon n’est pas donné à tous – et notamment pas aux « fantômes administratifs » -, décrit ainsi Frédéric Raguin : « Si le pays d’origine d’une personne déboutée du droit d’asile et placée en détention ne veut pas délivrer de laisser -passer consulaire pour son retour, elle ne sera jamais éloignée. Alors elle sera libérée au bout de 90 jours de rétention, avant, très certainement, d’être arrêtée et de nouveau placée en rétention… »
On aurait pu trouver un autre sigle : « CRAD » pour « Centre de rétention administrative définitive« .
Le 3 janvier, une grève de la faim a débuté dans le centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes. Elle étonne par son ampleur d’autant que le 8 janvier, elle s’est étendue aux CRA du Mesnil-Amelot, d’Oissel et de Sète.

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