François Sureau : « Le mouvement des ‘’gilets jaunes ‘’est une révolte de notre temps

Le Monde 04/02/2019
L’avocat et écrivain, proche de Macron, lance un réquisitoire contre le texte, qui sera voté mardi.

François Sureau est avocat aux conseils, écrivain, auteur de notamment Le Chemin des morts (Gallimard, 2013) et de L’Obéissance (Gallimard, 2007). Ses plaidoiries devant le Conseil constitutionnel contre l’état d’urgence ont été publiées sous le titre de Pour la liberté. Proche du président de la République, Emmanuel Macron, il lance ici un réquisitoire contre la loi « anticasseurs » du gouvernement.
Comment analysez-vous ce mouvement des « gilets jaunes » ?
Personne n’est vraiment capable d’en donner les causes. La maladresse du gouvernement, le langage même du pouvoir, des mesures contestables en sont les causes immédiates. Et aussi le fait que la France paraît vivre depuis longtemps dans une sorte de déni de la vérité des faits, vérité ignorée du large public et camouflée par des institutions qui rusent. Mais il y a autre chose, qui fait que cette révolte, moins qu’une révolution, plus qu’une émeute, ne ressemble pas à la jacquerie ou aux maillotins.
C’est une révolte de notre temps. Ce n’est pas une simple protestation contre la pauvreté ou la dureté des conditions d’existence, c’est une protestation contre l’imposture d’une société où le discours moral est omniprésent mais qui ne semble révérer que l’argent, la réussite, la compétition, organisés par des pouvoirs dont les grands mots ne dissimulent plus leur incapacité d’agir sur les choses.
De là d’ailleurs le complotisme, y compris le plus abject, parce qu’il faut bien trouver une raison à ce qui n’en a pas. C’est un sentiment de dépossession qui atteint d’abord les plus vulnérables, mais qui au fond nous concerne tous. Ce qui compte à nos yeux, la gratuité, la générosité, est pratiquement dévalorisé par les puissances établies de ce temps. On ne s’en tirera pas simplement en distribuant un argent que collectivement nous n’avons plus.
Ce mouvement ne se tarit pas. Comment l’expliquez-vous ?
Par ses causes profondes. Après ce mouvement en viendront d’autres de même nature. Nous ne sommes plus guidés par l’idée du salut religieux. Mais nous ne le sommes plus non plus par l’idée de ce « salut laïc » dont Sartre parle si magnifiquement à la fin des Mots, cette idée que nous pourrions progresser collectivement vers le meilleur.
Le progressisme se réduit à l’acquiescement aux mœurs contradictoires de l’époque, quand il ne reflète pas simplement un nietzschéisme de Bourse et de bazar. Le conservatisme nous propose l’avenir d’un passé imaginaire. Soit la liberté nomade des seuls riches, soit l’utopie d’une tradition sans liberté. Et, au-dessus, il y a comme un nuage de malheur au travers duquel nous ne pouvons plus voir. C’est facile de le dire, mais il faudra bien un jour reposer la simple question de l’homme, de sa dignité intrinsèque, et de celle de la justice. Et là non plus, on ne s’en tirera pas seulement en tripotant le système fiscal.
A quelles conditions Emmanuel Macron peut-il sortir par le haut de cette crise sociale et politique ? Un référendum peut-il être une issue ?
Le référendum est une procédure prévue par la Constitution. Il ne peut pas se substituer à la définition d’une politique par un système représentatif. Une politique est par nature complexe et ne se décline pas en une sorte de questionnaire à choix multiple.
En réalité, pour moi, un seul référendum est nécessaire : celui qui refondrait notre Constitution en séparant les durées de mandat du président et de l’Assemblée nationale. C’est malheureusement impossible si le Parlement ne le souhaite pas, et tout indique qu’il ne le souhaiterait pas. Le peuple constituant a été dépossédé de son pouvoir. C’est cela à mes yeux l’essentiel, et qui est inacceptable.
Propos recueillis par Solenn de Royer
Le Monde 04/02/2019
François Sureau : « C’est le citoyen qu’on intimide, et pas le délinquant »

L’avocat et écrivain, proche de Macron, lance un réquisitoire contre le texte, qui sera voté mardi.
Propos recueillis par Solenn de Royer Publié le 04 février 2019

François Sureau, avocat, à Paris, le 3 février 2019
© samuel kirszenbaum

François Sureau, avocat, dans son bureau à Paris, le 3 février. Samuel Kirszenbaum/Modds pour Le Monde
François Sureau est avocat aux conseils, écrivain, auteur de notamment Le Chemin des morts (Gallimard, 2013) et de L’Obéissance (Gallimard, 2007). Ses plaidoiries devant le Conseil constitutionnel contre l’état d’urgence ont été publiées sous le titre de Pour la liberté. Proche du président de la République, Emmanuel Macron, il lance ici un réquisitoire contre la loi « anticasseurs » du gouvernement.
Solenn de Royer (Propos recueillis par)

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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