Guyane : sous l’or, le poison

Charlie Hebdo – 06/02/2019 – Antonio Fischetti –
L’or, on peu trouver ça beau – ou pas. Ce qui est sûr, c’est qu’il salope beaucoup de choses. En France, c’est surtout en Guyane qu’on en extrait. Il existe des centaines de mines en activité. Mais toute extraction libère un produit très toxique : le mercure. Une étude coordonnée par l’Institut de de recherche pour le développement (IRD) apport de nouvelles informations.
Le mercure est vicieux car il attaque sur deux fronts. Il y a celui contenu naturellement dans le sol. Tant qu’il est piégé dans les roches, il est inoffensif. Mais toute exploitation de mine entraîne une déforestation et une érosion des sols, ce qui accélère sa diffusion dans l’environnement. A cela, il faut ajouter une autre source de mercure : sous forme liquide (comme dans les anciens thermomètres), il est utilisé par les orpailleurs pour amalgamer l’or. 
Faire la part des choses entre ces deux formes de poison était tout l’objet des travaux de Laurence Maurice, directrice de recherche à l’IRD : « Il y a déjà eu des études sur la pollution au mercure, mas elles mesuraient le mercure total. Notre étude en Guyane est la première à distinguer le mercure libéré dans l’environnement de celui apporté par les orpailleurs. » Elle révèle que, dans les zones minières, les teneurs en mercure des sédiments grimpent en flèche, mais surtout qu’elles sont dues majoritairement à l’apport direct des orpailleurs, apport qui « peut représenter entre 66 % et 74 %« .
Vue aérienne en Guyane d’un site d’orpaillage illégal
Un chiffre qui n’a rien d’étonnant quand on apprend que « les orpailleurs utilisent en moyenne 1,3 kg de mercure pour extraire 1 kg d’or« . Ce mercure part dans les rivières où il subit des transformations avant d’$être ingéré par les poissons, puis par les populations riveraines. Or le mercure est un  neurotoxique qui bousille le cerveau (provoquant, entre autres, des retards mentaux). Étonnamment, Laurence Maurice nous apprend que « les Amérindiens sont moins contaminés dans les zones où il y a de l’orpaillage« . Cela s’explique par le fait que, aux environ des mines d’or, on trouve plus facilement des épicerie où il est possible d’acheter des produits industriels qu’au fond de la forêt. Des populations qui vivent d ela pêche depuis des millénaires sont donc moins polluées en mangeant des sardines en boîte plutôt que des poissons de leurs rivières.
Et tout ça pour quoi ? L’or sert essentiellement à fabriquer des bijoux et des lingots (la fameuse « valeur refuge »). Si on considère que la santé d’un enfant amérindien vaut plus qu’une bague moche ou qu’un pavé doré enfermé dans un coffre, le plus logique serait encore d’interdire l’exploitation de l’or.

A propos werdna01

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