Le Venezuela a assez vu Maduro

Charlie Hebdo – 06/02/2019 – Jean-Yves Camus –
Hugo Chavez avait incarné une gauche progressiste, légitimement élue, désireuse d’arriver à davantage d’égalité sociale dans un pays traditionnellement dominé par une bourgeoisie libérale (c’est déjà ça…) imbue de ses privilèges et ayant les yeux, comme le portefeuille, tournés vers les États-Unis. Il s’est révélé être un militaire comme les autres, un démagogue comme les autres, un accapareur de pouvoir personnel comme les autres avec un côté « théologie de la libération » qui rendait cet ancien enfant de cœur que sa ^ère destinait à la prêtrise par trop porté sur l’assimilation de sa personne avec une figure christique. 
Nicolas Maduro n’a même pas cela. C’est un enfant de la classe moyenne, devenu marxiste-léniniste et éduqué politiquement à Cuba. Ministre des Affaires étrangères de Chavez, il s’est fait le chantre d’une sorte d’axe prétendument anti-impérialiste, qui lui vaut aujourd’hui de garder la sympathie de la Russie, de l’Iran et de la Syrie, comme naguère il avait eu celle de Kadhafi.
On peut comprendre que la politique américaine en Amérique du Sud et le long passé américain de soutien aux dictatures les plus sanglantes apparentées à l’extrême droite aient cimenté en Amérique latine un antiaméricanisme de principe. Mais il ne peut justifier que se proclame « de gauche » celui qui n’est qu’un tyran comme un autre, grossier, homophobe, jouant de ses paramilitaires comme l’on fait les généraux argentins ou chiliens de l’autre bord. Que les États-Unis s’intéressent au gaz et au pétole qui font la richesse vénézuélienne, c’est évident. Aujourd’hui, cependant, il n’y a pas que Trump qui veut voir changer de régime à Caracas. Il y a l’Union européenne, l’Église catholique locale où les réactionnaires n’ont pas un poids majeur. Et il y a la masse de la classe moyenne et de la bourgeoisie vénézuélienne, qui n’a pas supporté le trucage massif du scrutin présidentiel de mai 2018 prolongeant Maduro et la catastrophique gestion économique des dirigeants en place.
 Juan Guaido / AFP / Federico PARRA
Juan Guaido, le président du Parlement qui revendique la légitimité présidentielle et veut l’organisation d’élections libres, est u n ingénieur issu de la classe moyenne. Son parti,  Volonté populaire, est affilié à l’Internationale socialiste. L’opposition à Maduro n’est donc pas menée par la droite dure ou l’extrême droite. Souhaitons que les faucons de Washington ne lui donnent pas le baiser qui tue, via une intervention armée pour renverser Maduro. C’est la seule façon que celui-ci aurait de retourner une opinion publique qui veut son départ.
Lire : Corruption et détournements de fonds  : Le pillage du Venezuela passait par la Suisse (swissinfo.ch – 11/12/2018)

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