De l’utilité du service public

Siné Mensuel – février 2019 – Patrick Pelloux / urgentiste –
Patrick Pelloux fait l’éloge des services publics et rappelle l’impérieuse nécessité des pompiers, médecins, flics, tous exemplaires dans l’explosion due au gaz de la rue de Trévise à Paris.
Dans sa lettre aux Français, Macron pose des questions sur le rôle des services publics. S’il fallait donner un exemple récent, on pourrait parler du sacrifice des deux pompiers de Paris, Simon Cartannaz (28 ans) et Nathanaël Josselin (27 ans), décédés le samedi 12 janvier lors de l’explosion au gaz de la rue de Trévise, à Paris.
La rue de Trévise est une petite rue populaire et vivante avec des cafés, des boutiques, un théâtre, des restaurants et des habitants en grand nombre. Ce matin du 12 janvier vers 7 h 30, les gens sentent une odeur de gaz et appellent les pompiers. Impensable, en cas de privatisation. Si on téléphonait à un prestataire privé, il mettrait des heures à arriver (voir les ascenseurs) ! Mais les pompiers sont là et répondent plusieurs fois par jour à ce type d’alerte en moins de dix minutes…
Combien de morts y aurait-il eu s’ils ne s’étaient pas déplacés ? Généralement, c’est pour presque rien, mais là, en garant leur fourgon, les pompiers ne se doutent pas qu’ils arrivent devant un nuage de gaz qui a envahi une boulangerie. Comme l’exige leur travail, ils sont en tenue de feu. L’explosion a été telle que les voitures en stationnement ont volé comme de la paille par grand vent. Les deux pompiers qui étaient devant la boulangerie ont été projetés à cinquante mètres et tués sur le coup. Une touriste espagnole qui était sur le trottoir a subi le même sort en même temps. Le troisième pompier, qui venait de pénétrer dans la boulangerie, a reçu le plafond sur lui.
Le branle-bas des services publics de secours a été immédiat et les gens ont alerté encore une fois les pompiers, puis le Samu et la police de peur d’un attentat. Ces trois services ont répondu présent et ont envoyé des véhicules et des équipes en nombre vers 8h30 un samedi matin ! Seul un service collectif peut faire cela un jour de week-end. Imaginez-vous que ce soit des services d’ambulance, de pompiers, de police privés faisant cela ? Seul l’objet collectif peut remplir cette mission et c’est fondamentalement le rôle régalien de l’État et philosophiquement l’essence de la nation. Tous pour un en quelque sorte.
Dès cette heure matinale, les ambulances ont été prévenues et les blocs opératoires ouverts avec diligence et professionnalisme. Ainsi, en moins d’une heure, les douze urgences absolues ont été prises en charges par des médecins, des infirmières, des chirurgiens dans les hôpitaux de Paris et les hôpitaux militaires de Bégin et Percy. Des amputations de membres des plaies de carotides, des éviscérations, des plaies au visage… tous les blessés ont été sauvés, alors que leurs jours, leurs heures semblaient comptés. C’est le service public qui permet cela, civil comme militaire. 
Pendant ce temps, les pompiers se sont aperçus qu’un de leurs collègues était toujours enseveli sous le plafond. Alors qu’ils auraient dû attendre de sécuriser le bâtiment et le lieu, les sapeurs ont décidé d’aller chercher le soldat du feu dans l’immeuble, bravant le danger ! Ils l’ont sauvé au péril de leur vie. Voici la preuve du courage de professionnels qui travaillent dans le service public. 
Au même moment, la police évacuait le quartier, sécurisait les lieux et commençait l’enquête. La encore, c’est le service public qui agit, qui est présent, professionnel. Vous doutez de l’État, de la nation et de la nécessité de payer ses impôts ? Moi pas !
De l’utilité du service public

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