Les « vieux », mal-aimés de notre société ?

Ouest-France 16/02/2019 par Monique PELLETIER

Monique Pelletier, ancien ministre (1978-1981), membre honoraire du Conseil constitutionnel. | DR
Face à des Ehpad « à bout de souffle », Monique Pelletier, ancienne ministre (1978-1981), membre honoraire du Conseil constitutionnel, milite pour de nouvelles structures pour nos aînés.
Les « vieux », qu’ils soient octogénaires, nonagénaires ou plus ou moins âgés, ont un droit imprescriptible à exprimer leurs voeux concernant les modalités de leur fin de vie. Ils demeurent des citoyens à part entière.

Des Ehpad urbains pourraient être transformés en « centre de gériatrie », estime Monique Pelletier (illustration). | FOTOLIA
La loi a prévu à cet effet pour eux deux possibilités :
– désigner par « un mandat de protection future » (acte notarié ou non) la personne de confiance à laquelle ils auront confié leurs volontés, lesquelles, le moment venu, devront être appliquées ;
– préférer les « directives anticipées », acte notarié aux termes duquel ils feront part de leurs volontés pour leur fin de vie.
Ces deux textes ont été votés pour permettre qu’une personne âgée qui perd son autonomie puisse décider, auparavant, elle-même, des conditions de sa fin de vie.
Hélas, ces lois ne sont que trop rarement appliquées faute d’informations suffisantes. C’est là un mal français que de constater que de nombreux textes utiles restent méconnus. Les mairies et lieux d’accueil pour personnes âgées devraient diffuser ces informations. Est-ce trop demander ?
Heureusement, des associations se sont développées permettant aux « vieux » de se rencontrer, de s’informer les uns les autres et de décider de la moins mauvaise solution pour leur avenir. Ces rencontres sont bienvenues et les échanges qui y ont lieu constituent de précieux moments de vie. Car, lorsque survient une dégénérescence cérébrale annonçant une perte d’autonomie, en l’absence de toute expression antérieure de volonté, les proches, croyant bien faire, imposent trop souvent un placement en Ehpad.
Tout a été dit sur ce que vivent trop souvent les résidents de certains établissements… Toilettes expédiées en quelques minutes à défaut de douches trop rares, changes insuffisants, nourriture médiocre et pour beaucoup d’entre eux, visites rares et solitude. Les grèves des aides-soignants de nombreux Ehpad témoignent de ces graves carences. Ils disent manquer du temps qui devrait leur permettre de nouer avec les résidents des liens bien nécessaires pour ceux-ci. Dans les pays voisins du nôtre, il y a un aide-soignant par résident ; chez nous, une aide seulement pour quatre ou cinq résidents, dont la plupart ne peuvent plus rien faire seuls.
Les Ehpad « à bout de souffle »
Aux Ehpad actuels « à bout de souffle » devraient se substituer de nouvelles structures. Diverses expériences fort intéressantes existent dans plusieurs départements où des établissements de taille modeste ont été créés et sont ouverts à des générations différentes, mettant fin à l’isolement des « vieux ». De même, des Ehpad urbains pourraient être transformés en « centre de gériatrie » où résideraient les personnes dépendantes les plus atteintes mais d’où émaneraient des services à domicile, soignants et ménagers, qui permettraient à d’autres de rester chez eux.
Actuellement, près de 10 millions d’aidants assurent la charge et les soins de leur parent dépendant. Ils devraient pouvoir se borner à leur assurer présence et affection sans devoir prodiguer des soins qui devraient être assurés par des professionnels.
Les « vieux » resteront-ils encore longtemps les « mal-aimés » de notre société ? Trop de « rapports » sont restés lettres mortes, il faut désormais agir ! Il est grand temps qu’un « plan de dépendance » soit lancé avec la volonté et le suivi nécessaire à sa réussite.
Il se dit que cette question ne pourra être traitée cette année compte tenu des avantages octroyés aux Gilets jaunes. Ce n’est pas acceptable sauf à considérer « les vieux » comme des êtres inférieurs ! »

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Politique, Social, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.