Assurance-chômage – Paritarisme : la fin des apparences

L’Opinion 21/02/2019 Nicolas Beytout
Les bonnes âmes confites d’admiration devant le « modèle social français » pleurent déjà la fin du paritarisme, après la rupture définitive des négociations patronat-syndicats sur l’assurance-chômage. Comme s’il fallait défendre à tout prix un système hors d’âge, incapable de rembourser les 30 milliards d’euros de dettes accumulées. Un système qui n’est plus en mesure de se doter d’une vraie trajectoire. Normal : il a toujours été le fruit de laborieuses négociations où chaque camp mégote son accord codicille par codicille, quitte à surcharger le système.
C’est la mort du paritarisme ? La belle affaire : il n’existait plus qu’en apparence, placé sous la férule impérieuse de l’Etat. A chaque round de négociations, les gouvernements intervenaient avant (par une lettre de cadrage), pendant (pour apaiser les clashs entre négociateurs syndicaux et patronaux), et après (pour valider ou pas l’accord trouvé et garantir les dettes). Et lorsque les négociations échouaient, le pouvoir politique reprenait la main.
Qu’il le fasse clairement, désormais. Le système de l’assurance-chômage (comme celui des retraites) est devenu tellement bancal que le gouvernement ne peut plus se défausser. Son sauvetage exige des décisions à ce point structurantes et aura un impact tel sur le modèle social français que cela ne peut plus relever que de la responsabilité du politique : quelle couverture chômage, pour qui, combien de temps, pour quel niveau de charges sociales, avec quel alliage public-privé, et quel rôle pour les partenaires sociaux ?
Une position bien peu libérale, dira-t-on. Mais il n’y a pas de place pour le libéralisme lorsque l’Etat organise tout, contrôle tout, valide tout. C’est le cas pour l’assurance-chômage qui se meurt. A l’inverse de la retraite complémentaire Agirc-Arrco, dans laquelle le gouvernement n’intervient pas. Et qui se porte très bien, elle.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Economie, Politique, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.