Agriculture en mauvaises graines

Le Canard enchaîné – 20/02/2019 – Conflit de canard –
 
Le lobby des semenciers en est très fier. Comme chaque année, le temps du salon de l’Agriculture, qui s’est ouvert à Paris, le Groupement national interprofessionnel des semences et des plants (GNIS) va animer une chaîne de télé. « Des émissions percutantes, pédagogiques et sans tabou », dixit le GNIS. Avec pareille ligne éditoriale, nul doute que le « Village Semence », comme s’appelle la chaîne, abordera l' »affaire du colza » qui empoisonne actuellement le groupe Bayer-Monsanto, l’un des plus grands semenciers mondiaux.
D’ici à la fin avril, avant la floraison, 8 000 hectares de colza contaminé aux OGM doivent être coûte que coûte arrachés en France, sinon leur pollen va disséminer un peu partout les gènes manipulés. A quoi s’ajoutent près de 3 000 hectares en Allemagne. 
Tout commence à l’automne dernier, lorsque la Répression des fraudes, au cours d’analyses de routine, découvre des traces d’OGM dans les semis de colza de la marque Delkalb, appartenant à Bayer-Monsanto. Vu que, depuis 2008, la France a banni la culture OGM sur son sol, le ministère de l’Agriculture ordonne illico à l’agrochimiste de contacter les agriculteurs qui ont déjà semé le maudit colza pour qu’ils détruisent leurs plantations. Un recensement un brin compliqué : les semoirs étant souvent prêtés d’une exploitation à l’autre, il suffit que l’un d’entre eux ait répandu une seul fois des graines OGM pour que tous les champs où l’engin à servi soient considérés comme suspects. 
A ce jour, 800 cultivateurs ont été retrouvés par une boîte de gestion de crise mandatée par Delkalb. Chacun d’eux doit signer des documents confidentiels. Il y est notamment stipulé que l’agriculteur, indemnisé au prix du marché, de sa récolte qui n ‘aura pas lieu, a interdiction de faire du colza pendant « deux ans » et, durant cette période, de « recourir à un travail profond du sol » et ce « pour éviter l’enfouissement de semences qui seraient encore présentes ».
Contacté par Le Canard, Bayer France reconnaît que Delkalb n’avait rien détecté lors des autocontrôles et ne sait toujours pas comment un OGM t retrouvé dans ses semis de colza produits en Argentine. La firme a bien une certitude, mais elle est sémantique : « Il ne s’agit pas d’une contamination, mais d’une présence fortuite. »
Un grain de mauvaise foi ?

A propos werdna01

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