Sommes-nous des enfants gâtés ?

Ouest-France 27/02/2019 Jean-Pascal GAYANT, professeur de sciences économiques.

Cette photo prise le 13 juin 2018 montre une vue aérienne de Moisselles, dans la banlieue nord de Paris (photo d’illustration). | GERARD JULIEN / AFP.
La jacquerie qui a secoué la France depuis fin novembre trouve ses racines dans le quotidien difficile d’une partie des habitants de la France dite périphérique (zones rurales, petites villes). Les diagnostics ont maintenant été établis et partagés. Quelques mesures d’urgence ont été prises (hausse de la prime d’activité, suppression des nouvelles taxes sur les carburants, défiscalisation des heures supplémentaires) mais des difficultés structurelles subsistent.
Ces difficultés semblent pouvoir se résumer sous la forme d’une question presque insoluble : comment lutter contre le déclassement des petites villes toute en ne favorisant pas l’hyper-concentration urbaine, source de tensions, de congestion, de pollution et d’insécurité ?
Le Grand débat national proposé par le président de la République est supposé apporter des réponses à cette interrogation en cohérence avec les choix des Français. Quelle que soit l’issue de ce Grand débat, une majorité restera pourtant insatisfaite. À une époque d’expression individuelle « sans filtre » et, surtout, sans que l’analyse conduite ne soit nécessairement cohérente ou fondée sur des connaissances solides, il restera un large socle de mécontentement.
Macron-Philippe, un bon tandem
Il serait, pourtant, bienvenu de considérer la situation avec un peu de hauteur de vue : d’une part, à l’heure où les leaders des grandes puissances s’appellent Donald Trump, Vladimir Poutine, Xi Jinping ou Recep Tayyip Erdogan, il serait décent de se réjouir d’être dirigés par un Président et un gouvernement attachés à nos libertés et au fonctionnement de nos institutions.
Ensuite, ce chef de l’État et ce gouvernement privilégient la pédagogie et la recherche de solutions réalistes plutôt que l’outrance et les explications simplistes. Enfin, force est de constater que le couple Emmanuel Macron-Édouard Philippe est sans doute l’un des meilleurs tandems à la tête de l’exécutif depuis le début de la Ve République. En compagnie des tickets De Gaulle-Pompidou et Mitterrand-Rocard, le duo Macron-Philippe place très haut la barre de la charge de travail et de la compétence. Certes, chacun traîne un petit boulet (Benalla pour l’un, 80 km/h pour l’autre), mais ces égarements ou obstinations sont, à l’échelle de la Nation et de l’histoire, insignifiants.
Faire encore plus de pédagogie
Dès lors, les revendications de certains citoyens qui « exigent » le départ du président de la République ou la dissolution de l’Assemblée Nationale peuvent être considérées pour ce qu’elles sont : des caprices d’enfants gâtés.
Pas des enfants gâtés par l’obtention d’une profusion de faveurs ou de biens matériels, mais gâtés parce qu’ils jouissent d’un système politique et social parmi les plus protecteurs, les plus démocratiques et les plus respectueux des libertés individuelles. À l’avenir, il faudra sans doute aux enseignants, aux journalistes, aux élus… faire preuve d’encore plus de pédagogie pour contrer les inepties qui prospèrent sur les réseaux sociaux, devenues des autoroutes de la haine ordinaire. »

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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