Aveu d’échec – Liberté, mobilité, fraternité.

L’Opinion 27/02/2019 Nicolas Beytout
C’est un véritable coup de poing que viennent d’asséner deux institutions pourtant peu réputées pour leurs publications déstabilisantes. L’Insee et l’OCDE ont en effet signé deux études sur la mobilité sociale, dont les résultats sont effarants.
Ainsi, il faut en France « six générations à une personne du bas de la distribution des revenus pour en rejoindre la moyenne ». C’est une génération et demie de plus que dans les autres pays riches. Seule la Hongrie fait moins bien que nous. Il ne faut que deux générations au Danemark, trois en Suède, quatre en Espagne ou aux Pays-Bas, cinq en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Quant à l’Allemagne, sa société est aussi figée que la nôtre.
Le pire est que cette situation est la même depuis 40 ans. L’Insee souligne que rien n’a changé depuis des décennies : un homme sur quatre seulement grimpe dans l’échelle socioprofessionnelle par rapport à son père. Les autres restent scotchés dans leur statut ou changent pour une catégorie équivalente. Ou régressent. Dans un pays champion du monde de la redistribution, des aides sociales, de l’assistance, c’est un tragique aveu d’échec. Les lacunes du système scolaire enferment dès leur plus jeune âge les enfants dans ce déterminisme social. Le manque de formation par rapport au marché du travail fait le reste. Quant à la machine à fiscaliser pour redistribuer, elle laisse des trous béants dans son dispositif.
L’étatisme triomphant a donc figé la société. Et notre passion pour l’égalité a produit un effet exactement contraire à tout ce dont les hommes et les femmes peuvent rêver : progresser, vivre mieux que leurs parents, acquérir cette part de liberté qui va avec l’émancipation économique, sociale et culturelle. Les Gilets jaunes sont à leur manière le produit de cette immobilité, de ce manque d’espoir. Leur slogan devrait être : « Liberté, mobilité, fraternité. »

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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