Le projet Europa-City : comme un canard sans tête

Le Canard enchaîné 27/02/2019 – Jean-Luc Porquet –
Pour le moment, dans le triangle de Gonesse, il n’y a que des champs, 280 hectares de beaux champs dûment cultivés par des céréaliers (il s’agit des terres parmi les plus fertiles d’Europe). Mais le groupe Auchan (rires), associé au richissime chinois du groupe Wanda, veut les bétonner pour y bâtir EuropaCity, un méga-complexe commercial.  Le plus mahousse de France ! Plus de 3 milliards d’investissement ! 500 boutiques ! Des salles de spectacle, un AquaPark, une piste de ski ! 
Piste de ski, centre commercial, pouvoirs publics qui se plient aux intérêts du groupe Auchan… Le projet privé le plus cher de France contient tous les ingrédients d’un futur Notre-Dame-des-Landes…
Peu importe qu’il y ait déjà, juste à côté, quatre hypermarchés (Usines Center, Paris Nord 2, O’Parinor et Aéroville) : les deux bétonneurs promettent qu’avec leur nouveau concept pas moins de 31 millions de visiteurs venus du monde entier se précipiteront chaque année en bagnole, en avion (Roissy n’est pas loin) et en métro (l’État a promis une station rien que pour eux), dans le but de vivre une « expérience ». 
Pour David Lebon, qui patronne l’affaire, le marketing « expérientiel » va en effet permettre à la France de « rester la première destination touristique mondiale » et concurrencer habilement le monde digital : « Qu’est-ce qui va donner envie à quelqu’un, dans dix-quinze ans, de sortir de chez lui, de lever les yeux de son écran, de son implant (sic), de ses lunettes connectées » ? Simple comme un clic : à EuropaCity, « je pourrai aller dans un musée, me balader dans le parc, faire un piquenique et aller au concert le soir » (1), sans oublier de faire chauffer ma carte bancaire dans les boutiques ! Ça c’est la vraie vie qui fait envie, non ? 
Depuis huit ans, les nombreux opposants locaux (2) bataillent dur. Parfois, ils perdent face à l’État, qui l’an dernier a validé la déclaration d’utilité publique et délivré le permis de construire de la station de métro. Parfois ils gagnent : non seulement en mars 2018, le tribunal administratif a annulé la ZAC (l’État a fait appel), mais le 28 janvier, son rapporteur a demandé l’annulation totale du PLU, le plan local d’urbanisme de Gonesse, comparant ce projet d’urbaniser à tout prix à « un canard sans tête qui continue d’avancer » (le jugement tombera le 12 mars).
Prenant au mot Macron, qui dans son programme promettait de « mettre un terme à l’artificialisation des terres) ce qui serait bien vu, pour ces terres agricoles agissant comme un climatiseur naturel et situées à deux pas du Bourget, où a été signé l’accord de paris sur le climat), les opposants proposent de remplacer EuropaCity par un très solide projet, le projet Carma : une zone de production maraîchère, céréalière et d’élevage  de qualité. Avec de vrais canards ayant toute leur tête !

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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