Elections européennes : l’Union au défi de l’abonné absent

L’Europe, quel numéro de téléphone ?
L’Opinion 03/03/2019 Rémi Godeau
L’Europe, quel numéro de téléphone ? On se souvient de la boutade d’Henri Kissinger, moquant en 1970 le manque de visibilité de l’Union européenne sur la scène mondiale. Un demi-siècle plus tard, les Vingt-sept cherchent encore à échapper au syndrome de la zone blanche. Entre la puissance que restent les Etats-Unis – à l’image des Gafa régnant sur nos données – et que devient la Chine, avec le symbole de la suprématie technologique de Huawei, l’Europe ne trouve toujours pas sa ligne. D’autant qu’elle est désormais attaquée de l’intérieur par des europhobes en tout genre, prompts à transformer Bruxelles en bouc émissaire de nos propres faillites.

A la veille d’élections cruciales, Emmanuel Macron a choisi de dramatiser. L’Europe est en danger, nous alerte-t-il. Les sommets «de la dernière chance» étant devenus une spécialité continentale, il n’est pas sûr que cette tension suffise à mobiliser. Dans la suite de son discours de la Sorbonne, le Président veut aussi ranimer la flamme de l’intégration. Pour ce faire, il réassure l’axe franco-allemand, multiplie les projets – défense commune, convergence fiscale, budget de la zone euro… – et, en défendant une Union de la protection et du contrôle, amorce une opération de triangulation contre la poussée souverainiste.
La désaffection générale est telle que rien n’assure le succès de cette offensive. L’UE passe trop pour un gestionnaire de crise, pas assez pour un créateur d’avenir. Valéry Giscard d’Estaing a raison de pleurer la disparition du discours mythique européen. Loin des bavardages de campagne, cette ambition implique de trancher pour avancer. L’Union doit-elle être une juxtaposition ou une fédération d’Etats-nations ? Jusqu’où l’intégration doit-elle préserver l’identité nationale de chacun ? Plus ces ambiguïtés persistent, plus grossit la menace de finir, dans le maelstrom du XXIe siècle, aux abonnés absents.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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