Touchez pas à notre loi de 1905

Charlie Hebdo – 06/03/2019 – l’édito de Riss –
On va encore vous casser les pieds avec la laïcité. Pourtant, on essaye de ne pas vous farcir la tête avec ça toutes les semaines. Mais c’est plus fort que nous, ça nous tracasse. Depuis l’élection présidentielle, le président Macron n’a pas encore prononcé le grand discours sur la laïcité qu’on était en droit d’attendre de lui. Ce sont donc les adhérents et les élus de la République en marche qui sont envoyés au front pour déminer le terrain. Si ce débat explosif doit péter, ce ne sera pas sous les pieds présidentiels mais sous ceux de la troupe.
Car derrière cette agitation se profile la question de la loi de 1905*. Certains aimeraient assouplir la rigueur de ce texte pourtant très bien conçu, pour épargner à l’Islam le plus intolérant de s’y conformer, comme sont pourtant parvenues à le faire depuis longtemps les autres grandes religions monothéistes.
La question de l’organisation de l’Islam en France tracasse les politiques depuis déjà des années. « Si nous ne faisons rien, le cancer de l’islamisme nous tuera » déclarait le recteur de la Mosquée de Paris en octobre 2018 au journal « Valeur Actuelle ». Il serait temps qu’il se réveille enfin. Nous n’aurons pas la cruauté de lui rappeler que le cancer islamiste a déjà tué dans ce pays. Paniqué par cette montée inexorable de l’islam politique, la tentation est grande pour les autorités de se tourner vers la loi de 1905 en la présentant comme l’obstacle qui empêcherait, au nom de la séparation de l’église et de l’État, de prendre les mesures adéquates. Il est plus facile de ringardiser les défenseurs de la laïcité que d’affronter et terrasser les islamistes. Parce qu’il sera toujours plus facile de faire n’importe quoi que d’affronter et terrasser les islamistes.
Ouvrir une discussion sur la laïcité plutôt que sur l’islamisme est déjà une forme de lâcheté. Mais le faire dans cette période troublée où les Français noircissent des cahiers de doléances, est imprudent. Car le grand débat initié par le président Macron risque d’aboutir à des mesures tout azimut, sur tous les sujets, où sera noyée, pour ne pas dire dissimulée, une « réforme » de la loi de 1905. C’est pourquoi nous appelons les lecteurs de Charlie et tous les autres citoyens à ouvrir l’œil et à se préparer à se mobiliser pour la défendre.
Si le développement d’un islam intolérant est effectivement un problème, s’il s’avère que des puissances étrangères cherchent à en tirer profit pour introduire en France des pratiques hostiles à nos valeurs démocratiques, il est bien normal que les pouvoirs publics prennent des mesures.
Mais pour cela, il n’est absolument pas nécessaire de modifier la loi de 1905. Ceux qui voudraient le faire croire aux Français, ne feront que les tromper. Car il est tout à fait possible de créer des lois complémentaires, extérieures au texte de 1905 pour forger de nouvelles armes afin de combattre les stratégies des intégristes religieux.
L’époque est trouble et les Français donnent aujourd’hui le spectacle d’un peuple divisé. Or la loi de 1905 est une des rares lois qui les unit encore. C’est une loi d’union nationale. Une loi dont la place dans l’histoire de France, est aussi considérable que l’Édit de Nantes qui avait rétabli la concorde entre catholiques et protestants. Toucher à la loi de 1905, c’est toucher à l’Histoire de France. Toucher à la loi de 1905, c’est prendre le risque inouï de déstabiliser ce pacte entre tous les Français qui permit à tous d’être respecté, croyant ou non. La modifier et la dénaturer serait une faute qui ne fera qu’agrandir les fractures de la société française. Une faute mais aussi un affront fait à la mémoire de tous ceux qui ont payé de leur vie pour qu’elle voit le jour. Parfois, le silence des disparus doit être écouté plus attentivement que le bruit des vivants.
*La loi concernant la séparation des Églises et de l’État est une loi adoptée le 9 décembre 1905 à l’initiative du député républicain-socialiste Aristide Briand, qui prend parti en faveur d’une laïcité sans excès. Elle est avant tout un acte fondateur dans l’affrontement violent qui a opposé deux conceptions sur la place des Églises dans la société française pendant presque vingt-cinq ans. Inventant la laïcité à la française, elle proclame la liberté de conscience, garantit le libre exercice des cultes et pose le principe de séparation des Églises et de l’État.
Article 1er : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes […] ». Le premier article crée un large consensus. Le texte ne laisse que peu de marge pour son application, par les mots « assure » et « garantit ».
Article 2 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. […] »

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