Loi anti-casseurs – Liberté de manifester : le lourd pari des sénateurs

L’Opinion 06/03/219 Olivier Auguste
Que des parlementaires approuvent une loi tout en croisant les doigts pour que le Conseil constitutionnel la bloque, c’est mauvais signe. Qu’il s’agisse de sénateurs, traditionnellement soucieux des libertés publiques, cela devrait inquiéter un peu plus. Et pourtant, c’est dans une large indifférence que le Sénat validera, la semaine prochaine, la loi anti-casseurs.
L’avant-dernière étape a été franchie mercredi, en commission, avec le vote « conforme » du projet, c’est-à-dire sans modification. La droite sénatoriale, majoritaire, confirme de cette manière son intention d’adopter définitivement le texte, sans le renvoyer à l’Assemblée. Elle s’offre ainsi le petit plaisir de priver les députés LREM d’une deuxième lecture, au cours de laquelle beaucoup comptaient adoucir le projet – dont les 50 s’étant spectaculairement abstenus. Elle se veut aussi responsable : la loi s’appliquera vite, alors que les manifestations de Gilets jaunes continuent de donner lieu chaque samedi à des insultes, des dégradations et des brutalités.
Mais cela a un prix, et quel prix ! L’article 2, qui suscite les plus fortes réticences, figurera tel quel dans la loi. Il permet aux préfets d’interdire de manifestation tout citoyen, sans autre raison que la crainte, le soupçon, l’hypothèse qu’il pourrait se montrer violent. Sans casier mentionnant des condamnations pour des faits comparables. Sans l’aval ni même le contrôle d’un juge ; à peine la possibilité d’un recours au tribunal administratif, et encore pas systématiquement.
On frémit de l’usage que pourrait faire de cette disposition un Président fan des régimes castro-chavistes, admirateur de l’ordre à la Poutine ou bien se revendiquant de dirigeants décomplexés façon Salvini ou Orban. Voilà pourquoi de nombreux sénateurs s’apprêtent à voter cette loi tout en misant ouvertement sur une censure de l’article 2… Lourd pari démocratique.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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