Huit ans après Fukushima, rêvons de surgénérateurs…

Le Canard enchaîné – 13/03/2019 – Jean-Luc Porquet –
Sites nucléaires en France (situation au 1er janvier 2017)
Depuis Fukushima, le nucléaire ne fait guère rêver les Japonais. Mais le gouvernement japonais si. Tout comme le gouvernement français. Leur rêve commun, auquel ont réussi à leur faire croire les ,élites nucléaires respectives : mettre au point un surgénérateur. C’est leur Graal, l’objet sacré de leur quête. France et Japon avaient signé, en 2014, un accord de coopération pour fabriquer te financer ensemble Astrid. Récemment, le gouvernement japonais a annoncé qu’il ferait cavalier seul (1). La France aussi – mais moins flambarde (2).
Un surgénérateur, c’est un réacteur nucléaire dont le combustible et surtout du plutonium 239 (au lieu de simple uranium dans les réacteurs classiques). Pas facile à faire fonctionner…
Lancé sous Giscard ç Creys-Malville, Superphénix avait été un fiasco technique, financier et politique : en vingt-deux ans, il a englouti quelques 8 milliards d’euros, et n’a fourni de l’électricité que 174 jours avant ^’être fermé, en 1998… Il faut dire que les risques d’emballement et d’explosion sont bien plus élevés que dans un réacteur classique. Pour récupérer de la chaleur, notamment, on doit utiliser du sodium liquide, métal qui s’en flamme spontanément au contact de l’air et explose au contact de l’eau. Le plutonium exige des niveaux de sécurité jamais vus. Une seule inhalation de 30 microgrammes suffit à entraîner un cancer du poumon. Et il ne perd la moitié de sa radioactivité qu’au bout de 24 000 ans…
Mais les nucléocrates l’ont décidé : d’ici à la fin du siècle, ils y arriveront, c’est sûr ! A coups de milliards d’euros, certes. Mais, promis-juré, quand  il marchera, le surgénérateur sera tout bonnement miraculeux. Plus besoin d’aller cherche de l’uranium au Niger : il suffira d’utiliser le plutonium extrait des combustibles irradiés de nos 58 réacteurs. Génial, non, le coup des déchets qui se transforment en carburant ? En prévision de cet avenir radieux, depuis 1966 le centre de La Hague produit des montagnes de plutonium : 54 tonnes s’entassent aujourd’hui sur ses étagères.
De quoi en fabriquer des bombes ! Car, sil n’est pas de qualité militaire (comme celui qui équipe nos 300 missiles à tête nucléaire déjà chargés à bloc), 10 kg de ce plutonium dit « séparé » permettent de bricoler une bombe aussi rustique que redoutable.  Pour tenter d’éponger ces dangereux surplus, EDF a eu cette belle trouvaille dans les années 90 : fabriquer du MOX. Ce mélange de plutonium (8 %) et d’uranium appauvri sert aujourd’hui de combustible (plus chaud, plus radioactif, plus cher) dans 22 réacteurs.
Pas de quoi écouler le stock de plutonium qui nous reste sur les bras… Même en en vendant un peu aux japonais : seul trois des neuf réacteurs qui ont redémarré après Fukushima marchent au MOX – ce n’est pas le marché du siècle.  Bref : vivement le surgénérateur, que les affaires reprennent !
Japon: redémarrage d’un réacteur nucléaire au Mox » : 17 mai 2017 –
(1) « L’Acronique de Fukushima » , 3/12/18 –
(2) Projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) 2019

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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