Mondialisation : la nouvelle route de la soie, version catastrophe

Charlie Hebdo – 20/03/2019 – Fabrice Nicolino –
La fabuleuse route de la soie, Marco Polo, la chine, l’Europe. L’origine de cette voie commerciale remonte peut-être bien au paléolithique, mais en tout cas, elle aura dominé le monde pendant des siècles.La ville de Xi’an, point de départ de la route, abritait déjà 2 millions d’habitants vers 800, soit mille fois plus qu’Aix-la-Chapelle à la même époque, que Charlemagne avait choisi comme capitale de son royaume. 
Voici que cela repart avec la Belt and Road Initiative (BRI), implacable dénomination anglaise qui signifie « Initiative ceinture et route » Annoncée en 2013 par le sémillant Xi Jinping, président de la Chine totalitaire, cette nouvelle route de la soie promet une révolution commerciale sans précédent. Une sorte de mondialisation dans la mondialisation. On parle de routes et autoroutes, de chemins de fer, de ports maritimes et de bateaux, d’oléoducs et gazoducs, de parcs touristiques géants, de câbles sous-marins, de centres de données, en bref d’une multiplication des échanges de marchandises. Tout partirait de la Chine avant d’irriguer des dizaines de pays – on parle de 68, mais il s’agirait peut-être de 100 ou davantage encore – et près  de 5 milliards d’habitants. Achevée, la route BRI serait, de loin, le plus grand de tous les travaux d’infrastructure de l’histoire humaine. 
Les crapules de la finance sont sur le coup Bien entendu, untel projet est un défi sans précédent à l’Amérique, que la Chine entend boulotter jusqu’à l’os.Et ne parlons pas de notre pauvre Europe, déjà réduite au silence et à la vassalité. L’Italie de cet infect Salvini est sur le point de signer un accord – prévu le 22 mars – avec Pékin pour qu’on lui octroie quelques miettes du festin.
Le président italien Sergio Mattarella et le président chinois Xi Jinping, à Pékin, le 22 février 2017. Le président italien Sergio Mattarella et le président chinois Xi Jinping, à Pékin, le 22 février 2017.  / Wu 
Cela coûtera pour commencer 1 000 milliards d’euros. Et bien sûr, les fâcheux vont dire : ne devrait-on pas dépenser cette immense fortune pour la restauration d’écosystèmes en voie d’effondrement ? La réponse est oui, mais la question n’ayant pas été posée, on va vers une très grande folie supplémentaire. L’association Grain publie ces jours-ci une analyse serrée sur cette foutue nouvelle route (1).  Notons d’abord que les crapules de la finance sont sur le coup. Outre la banque de développent de la Chine,  – le fer de lance -, on trouve dans l’affaire la Banque mondiale, la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, ou encore HSBC, championne de la fraude fiscale.
Affiche montrant un train à grande vitesse chinois, sur le chantier de construction d’un pont sur le Mékong, près de Luang Prabang, au Laos. Photo : Adam Dean pour The New York Times 
Dans le domaine agricole, sans vraie surprise, la BRI vise à faire de la Chine un leader mondial de l’agriculture industrielle. Si tout va bien, il sera bientôt possible de mettre en vente en moins de quarante-huit heures sur le marché pékinois des fruits venus de n’importe quelle partie du du globe. Comme c’est bien !
Le programme est tel une hallucination dont le cœur serait l’accaparement de terres à une échelle sans précédent. Un centre logistique du poulet d’élevage en Serbie. Des entreprises de transformation du riz en Birmanie. Une aquaculture géante au fin fond de la Russie. Une ferme de 100 000 vaches destinée au marché russe. Tant d’autres choses au Laos, devenu colonie, au Kazakhstan, en Indonésie, au Cambodge… Le spectre de la disparition des petits paysans devient une perspective crédible. Pas immédiate, mais possible. Au Pakistan, nation si fragile, la BRI prévoit la création de zones économiques spéciales. Avec de vaste usines d’engrais, de transformation de la viande ou de céréales.  On y verra également le remplacement de variétés anciennes de blé par des céréales hybrides chinoises. 
Faut-il parler du dérèglement climatique ? Quand même un peu. Le Financial Times, journal qui n’est ni l’ami des hommes ni celui du vivant, rapporte (le 14 décembre 2018) que la BRI fait exploser en vol tous les accords sur le climat, dont ceux, déjà dérisoires, dits de Paris. Rien qu’au Pakistan, les Chinois prévoient d’investir 10 milliards de dollars dans… le charbon.
Tout est de la même eau, si dégueulasse. Quand vous irez voter aux élections européennes, pensez une seconde, dans l’isoloir, au ridicule tableau de notre vie politique. Franchement, qui vous parle de la BRI ?
(1) L’initiative “la Ceinture et la Route” : l’agrobusiness chinois se mondialise (mars 2019)
Lire aussi : Pourquoi les « nouvelles routes de la soie » inquiètent les Européens (La Croix – 20/03/2019)

A propos werdna01

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