Le temps des bulles

La grande jungle médiatique n’est peut-être devenue qu’une gigantesque machine à bulles
Ouest-France 21/03/2019 par Jean-Pierre GUENO, écrivain

Bulles financières, bulles Internet, bulles immobilières… Depuis l’an 2000, les bulles se succèdent et se multiplient. On parle aussi de bulles médiatiques.

La machine à bulles médiatiques favorise la propagation des informations fausses ou truquées. | FOTOLIA
Elles nous ont fait grandir en nous initiant à l’éphémère, qui caractérise notre condition humaine. Qui n’a pas le souvenir des bulles de savon de nos enfances, plus poétiques que celles de nos chewing-gums ? Du rêve qui scintille, de l’âme qui exulte lorsque la bulle s’envole et du coeur qui se brise lorsque la bulle éclate ?
Depuis l’an 2000, les bulles se succèdent et se multiplient. Pareilles aux tumeurs cancéreuses, elles peuvent récidiver. Bulles financières, bulles Internet, bulles immobilières… Bon nombre de start-up et de levées de fonds sont perchées sur des bulles.
La grande jungle médiatique
On parle aussi de bulles médiatiques. Les commerçants des rues piétonnes ont conçu des machines à bulles cachées dans la tête d’oursons souffleurs… La grande jungle médiatique des réseaux sociaux, des chaînes d’information n’est peut-être devenue rien d’autre qu’une gigantesque machine à bulles.
Ces bulles si bien irisées sont autant de miroirs aux alouettes, d’outils du pouvoir de la communication. Elles entretiennent l’illusion de la démocratie participative H24 à travers la loi du buzz, du zapping et de l’éphémère : chaînes d’information continue, déferlement des talk-shows entre « spécialistes » de tout, sondages en rafales, tentation des référendums permanents.
Ces bulles procèdent du mouvement de foule et de la loi de Panurge. Imprévisibles, ingérables et cyclothymiques, elles épousent la logique de propagation et de contamination. Elles favorisent la propagation des informations fausses ou truquées, des « fake news ». Elles donnent au premier venu comme au premier vendu, aussi isolés soient-ils, un pouvoir nucléaire de destruction, de manipulation et de calomnie.
Prise de recul de la presse écrite
Les chevaux de Troie, les virus informatiques, et à présent les virus médiatiques sont des agents toxiques, des poisons qui risquent de tuer la démocratie en prétendant la libérer. La machine à bulles médiatiques est un navire sans capitaine, incontrôlable.
Elle peut devenir l’outil de la meute, la mère de toutes les rumeurs, et à terme, le vecteur de la terreur et de la barbarie. Jour après jour, la machine à bulles détruit de la valeur.
Nous en payons le prix fort : c’est un peu la rançon, la face obscure des nouveaux moyens de communication, heureusement compensés par la prise de recul de la presse écrite, qui sait bien à quel point la nuit porte conseil, pour mieux transmettre la lumière.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Médias, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.