Europe – Le retour du président chinois Xi Jinping

Ouest-France 22/03/2019 Par Philippe Le Corre

Le président chinois Xi Jinping, le 15 mars 2019 à Pékin. | THOMAS PETER – REUTERS
Le président chinois Xi Jinping effectuera une visite d’État de dimanche 24 à mardi 26 en France. Face à l’Amérique de Trump, qui cherche à en découdre, il doit trouver des alliés. Lisez le point de vue de Philippe Le Corre, chercheur à la Harvard Kennedy School.
Xi Jinping est de retour en Europe. Après l’Espagne et le Portugal fin 2018, il a choisi de revenir en France et en Italie, avant d’accueillir à Pékin en avril un nouveau forum Belt and Road (BRI), du nom de son initiative parfois appelée nouvelles routes de la soie, et peut-être de rencontrer ensuite Donald Trump pour tenter de résoudre l’inextricable conflit commercial. Mais un accord de long terme avec les États-Unis semble improbable, Washington étant résolument combatif et le conflit avec Pékin étant à la fois politique, économique, technologique et sociétal.
D’où le choix de l’Europe pour ce premier voyage présidentiel à l’étranger en 2019. L’Europe, et pas n’importe quelle Europe : deux pays fondateurs de l’UE, de surcroît membres de l’Otan et du G7, et qui peuvent d’une certaine manière redorer le blason de la Chine dans le monde occidental à l’heure où les difficultés se multiplient, que ce soit sur le plan économique avec une baisse de la croissance ; sur le plan technologique avec la polémique autour de Huawei (télécommunications) sur la 5G ; ou sur le plan géopolitique avec les aléas du BRI dans plusieurs pays, du Sri Lanka aux Maldives, en passant par la Malaisie et la Sierra Leone.
L’affirmation de la puissance chinoise, mélange d’autoritarisme (la situation en matière de droits de l’homme est particulièrement mauvaise) et de désir de conquête alimenté par le nationalisme, n’est pas bien perçue en Occident en dépit de la multiplication des investissements chinois.
Selon l’institut de recherche Pew, l’importance de la Chine dans le monde ne se traduit pas par un regain de popularité de ses dirigeants en Occident. Bien au contraire : seulement 39 % des Américains, 30 % des Allemands, 26 % des Français et 14 % des Italiens, déclarent faire confiance à Xi Jinping pour régler les affaires du monde (1). Et d’ailleurs, Xi a-t-il vraiment envie de devenir le leader du monde en lieu et place de son homologue américain ? Rien n’est moins sûr.
À Chine nouvelle, réponse nouvelle
Mais face à l’Amérique de Trump, qui cherche à en découdre, il doit trouver des alliés. Depuis deux ans, le régime chinois se présente comme le chantre de la mondialisation face à une administration américaine qui critique le multilatéralisme. C’est peut-être la chance des Européens qui viennent d’adopter une stratégie défensive vis-à-vis de Pékin, « rival systémique », et s’apprêtent à tourner une nouvelle page de leur relation avec ce pays lors du sommet UE-Chine, le 9 avril. L’une des nouveautés de 2019 est le réveil des Européens face aux grandes puissances, États-Unis et Chine.
La Chine peut-elle être davantage à l’écoute de ses interlocuteurs européens ? C’est ce qu’Emmanuel Macron découvrira, le 25 mars, en recevant un Xi Jinping qui a dû, depuis un an, essuyer quelques critiques internes au sein des élites chinoises. La « renaissance chinoise » ne doit pas se traduire par une défiance du monde occidental, disent-elles en substance.
Le président français – qui s’était rendu en Chine début 2018 – peut se targuer d’avoir obtenu une première réciprocité, en matière de visites protocolaires. Mais cette fois, face à un Xi Jiping très sûr de lui, il faudra davantage que des paillettes et des dîners à Versailles pour avancer. À Chine nouvelle, réponse nouvelle. Le concept de réciprocité, martelé efficacement ce mois-ci par la Commission européenne dans son dernier document stratégique, doit être entendu des deux côtés.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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