Bill et Melinda Gates ou l’art de la fausse générosité

Lionel Astruc, Journaliste et écrivain : « À travers sa fondation, Bill Gates contourne l’État et s’achète du pouvoir ».Le journaliste a enquêté sur la fondation du patron de Microsoft et de sa femme. La fondation Bill et Melinda Gates, dont l’intention affichée est de lutter contres les inégalités, investirait dans des activités « peu éthiques » et « nourrirait les fléaux contre lesquels elle prétend lutter ».
Bill et Melinda Gates, le 21 avril 2017, sur le perron de l'Élysée à Paris, juste avant de recevoir le titre de Chevalier de la Légion d'honneur, décerné par François Hollande.Bill et Melinda Gates, le 21 avril 2017, sur le perron de l’Élysée à Paris, juste avant de recevoir le titre de Chevalier de la Légion d’honneur, décerné par François Hollande. © Maxppp / Martin BUREAU
C’est l’un des hommes les plus riches du monde. Sa fortune est estimée à plus de 96,5 milliards de dollars. Fondateur de Microsoft, Bill Gates est aussi à la tête de la fondation Bill & Melinda Gates, une fondation philanthropique mondiale.
Dotée d’un budget annuel d’environ 4,7 milliards de dollars, cette fondation, qui existe depuis 2000, s’intéresse à tous les domaines : santé, agriculture, éducation, etc. « Officiellement, son objectif est de lutter contre les inégalités, explique Lionel Astruc. En réalité, elle alimente davantage et consolide un système qui produit des inégalités. » Le journaliste a enquêté et publie L’art de la fausse générosité – La fondation Bill et Melinda Gates (éditions Actes Sud).
« Collusion et de conflit d’intérêt »
Pour le journaliste, la fondation aurait une certaine vision du monde bien éloignée de ses bonnes intentions affichées. « Bill Gates est obsédé par la technologie. Dans le domaine de l’agriculture, il est absolument persuadé que les OGM vont sauver le monde. Mais là où cela pose problème, c’est qu’il cherche à imposer ses solutions. » À travers sa fondation, Bill Gates orienterait les politiques de recherche et de développement. « Sa fondation intervient directement dans le secteur privé, poursuit Lionel Astruc. Au Malawi par exemple, elle pousse les agro-distributeurs à utiliser des produits phytosanitaires fabriqués par Monsanto. Il y a une vrai forme de collusion et de conflit d’intérêt.« 
La fondation figure à la cinquième place des plus gros financements pour l’agriculture dans les pays en développement. « La fondation a plus de budget que bien des États. Bill Gates maîtrise l’art de transformer cette pseudo-générosité en pouvoir pour alimenter un système qui le porte, lui, en haut de la pyramide. »
Un trust opaque
Derrière la fondation, on retrouve un fond d’investissement, un trust, dont les seuls administrateurs sont Bill et Melinda Gates. Mais le fonctionnement de ce trust est opaque : il investirait dans des activités peu éthiques. « Ce fond de dotation alimente les fléaux contre lesquels prétend lutter la fondation, affirme Lionel Astruc. Industrie de l’armement, malbouffe, OGM, industries d’extraction minière, pétrole… On est très loin de l’intérêt général.« 
Pour le journaliste, « Bill Gates contourne l’État et s’achète du pouvoir. […] Son objectif est de faire marcher un système économique dans lequel les multinationales sont reines. Il n’y a pas de duperie ou de malice ; il y croit vraiment.« 
Résumé du livre : Emblème de l’accumulation de richesses et géant de l’informatique, Bill Gates est devenu en quelques années une icône de la philanthropie. Mais en réalité ses opérations philanthropiques s’apparentent à un outil au service des multinationales les plus nocives pour l’environnement, la santé et la justice sociale et parfois également au service des intérêts économiques de Bill Gates lui-même. Première publication sur ce sujet en France, ce livre en apporte la preuve en suivant, depuis leur source, les flux financiers qui alimentent les actions dites « caritatives » de la fondation Bill et Melinda Gates.  / Sortie mars 2019 / 11,5 x 21,7 / 128 pages /13 €
Bill et Melinda Gates, couple maudit du siècleFabrice Nicolino – 20/03/2019 –
Le fric, ça va, ça vient. Bill Gates est tantôt l’homme le plus riche du monde tantôt, le deuxième. En 2018, il pesait selon Forbes 90 milliards de dollars. Sa fondation est, quant à elle, dotée de plusieurs dizaines de milliards supplémentaires chaque année. Leur fondation, d’ailleurs, car on doit parler de la fondation Bill et Melinda Gates. Lionel Astruc, observateur finaud de l ‘agriculture mondialisée, nous offre un tour de piste réjouissant sur ce sale type et sa « fausse générosité ». Outre des ONG, des universités ou des journaux, l’institution finance massivement des projets agricoles au Sud. Tous tournés vers la technologie, les OGM, tous dépendants des circuits internationaux et des multinationales.
Gates, dont la fortune colossale repose sur la rapacité et l’art d’exploiter un monopole, mélange comme il se doit les intérêts de Microsoft, dont il reste actionnaire, et les nombreux investissements de la fondation. E,n Afrique, la filiale de cette dernière l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (agra.org), promeut des systèmes qui excluent un peu plus les petits paysans. « La Fondation, écrit Astruc, joue un rôle majeur en aidant les entreprise à pénétrer de nouveaux marchés de graines. » En cheville avec les grands de l’agro-industrie, comme DuPont, Cargill ou Syngenta, la fondation de Bill Gates n’a jamais qu’un but : parachever le désastre de la révolution verte précédente, qui avait largement épargné l’Afrique…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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