Le Vif.be – 29/03/2019 – Soraya Ghali –
L’Europe, passera à l’heure d’été ce week-end. Une mesure qui n’est pas vraiment bénéfique. Explication.
© ILLUSTRATION : JESÚS ESCUDERO
Dimanche 31 mars, en avançant ses montres d’une heure, la Belgique revient à l’heure d’été. Autrement dit, on passe à GMT (l’heure du méridien de Greenwich, qui sert de référence universelle pour le calage des pendules) plus deux. Autrement dit encore, on devance de deux heures la course du soleil. Est-ce la dernière fois ? Mettre fin à ce rituel bisannuel dans l’Union européenne semble acquis. Le Parlement européen a voté : les pays penchant pour l’heure d’été procéderaient une dernière fois au changement d’heure en mars 2021 et ceux penchant pour l’heure d’hiver en octobre 2021. Mais il laisse place à un choix cornélien : faut-il conserver l’heure d’hiver ou l’heure d’été ? S’il ne fallait retenir qu’un élément, selon les scientifiques, ce serait l’argument médical. Et celui-ci penche en faveur de… l’heure d’hiver. Décryptage avec Christina Schmidt, chercheuse qualifiée au FNRS, attachée au Centre de chronobiologie du sommeil (ULiège).
La lumière matinale, un facteur déterminant
L’élément le plus déterminant pour appuyer cette position est qu’il demeure plus pertinent de réduire l’écart par rapport à l’heure solaire – définie par le passage du soleil à son zénith, qui varie selon les saisons et les longitudes.  » A priori, on est quand même fait pour vivre avec « , rappelle Christina Schmidt, experte en chronobiologie du sommeil. On sait en effet que la lumière extérieure donne le tempo, influant sur l’horloge biologique et sur la régulation du sommeil. Ainsi l’heure d’hiver correspond à une heure d’avance sur l’heure solaire (GMT +1), l’heure d’été, à deux heures d’avance (GMT +2). L’heure d’hiver,  » la plus vraie « , colle davantage au rythme naturel, et, pourtant, l’heure d’été récolte les faveurs naturelles des opinions publiques.  » Son succès s’explique par la confusion entretenue entre les heures et les saisons, analyse la spécialiste. Quand on demande aux Européens  » préférez-vous conserver l’heure d’été ou l’heure d’hiver ? « , ils ont envie de faire durer les beaux jours et donc maintenir l’heure d’été, qu’ils associent au soleil. Mais il est évident que vous n’allez pas garder de longues soirées d’été quelle que soit l’heure que vous choisissez. C’est une question de photopériode (NDLR : rapport entre la durée du jour et la durée de la nuit). « 
Concrètement, adopter l’heure d’été ne serait pas sans conséquences. Durant l’été, le soleil se couche plus tard. Des journées plus longues qui facilitent les relations sociales et les activités d’extérieur. Une luminosité plus tardive complique néanmoins l’endormissement, reportant la phase physiologique du sommeil d’au moins deux heures : bref, un sommeil écourté, qui s’inscrit dans le cadre d’un manque de sommeil qui inquiète les médecins.
Quand vient l’hiver, si on maintient l’heure d’été toute l’année, le décalage de deux heures par rapport à l’heure solaire retarde le lever du soleil jusqu’entre 9 heures et 9 h 45 durant les mois de décembre, de janvier et de février : soit deux, voire trois heures après le réveil de la plupart des individus dans la nuit noire. Or, la meilleure lumière, c’est celle du matin, parce qu’elle est le facteur régulateur le plus important pour l’horloge interne.  » Elle rétablit la concordance entre le fonctionnement de l’organisme et le déroulement de la journée, précise Christina Schmidt. Et plus il y a un décalage important entre l’horloge biologique et l’environnement, plus on voit augmenter par exemple des difficultés à assurer une performance soutenue durant la journée.  » A l’inverse, garder l’heure d’hiver l’été, c’est voir le soleil briller dès 5 heures et même 4 h 30 durant les mois de juillet et d’août.  » Mais l’exposition à la lumière reste moins importante, puisque vous dormez. Par ailleurs, elle est contrôlable, vous pouvez facilement vous en protéger. « 
Christina Schmidt, chercheuse qualifiée au FNRS, attachée au Centre de chronobiologie du sommeil (ULiège). © DR
Des impacts mal compris sur la santé
Une série d’études indique que le va-et-vient semestriel des aiguilles évoque globalement des effets transitoires sur le sommeil, l’humeur, l’alimentation, l’attention… particulièrement chez les sujets fragiles (les tout-petits, les personnes âgées). Une récente investigation montre ainsi une augmentation de 3 % de la prévalence des symptômes de dépressions saisonnières chez des enfants et des adolescents dans le nord de la Russie, où les autorités avaient opté pour l’heure d’été permanente. Quelques études font état d’une augmentation des accidents vasculaires cérébraux et des problèmes cardiaques dans les jours qui suivent le passage à l’heure d’été. Mais il ne s’agit pas d’un résultat universel.  » Il s’agit d’un phénomène difficile à investiguer dans la mesure où il faudrait monitorer des individus durant une année pour identifier les changements « , commente Christina Schmidt. Par ailleurs, si la majorité des études rapportent des impacts négatifs, leur importance varie entre les études. Aucune recherche ne peut attribuer ces troubles au seul facteur du changement physique d’heure. D’autres données pourraient intervenir car, indépendamment du changement d’heure, il faut tenir compte des effets saisonniers au niveau du climat, de la température et de l’exposition à la lumière. On ne peut donc pas tirer un enseignement général. Et les effets à long terme sur la santé n’ont pas été suffisamment étudiés.
Des conséquences contradictoires pour la sécurité routière
C’est un des rares effets du passage à l’heure d’hiver documenté. Chez nous, en Belgique, le passage à l’heure d’hiver provoquerait une hausse de 29 % des accidents corporels impliquant les piétons à l’heure de pointe du soir (17 – 18 heures) aux mois d’octobre et de novembre. Cette augmentation serait due au fait que l’heure de pointe est plus précocement plongée dans le noir. Cependant, les chiffres reviennent à la normale quelques jours plus tard. Pas sûr qu’une heure d’été permanente améliore durablement les choses. D’autres chiffres montrent que le printemps, lui, est fatal aux motards. Des chercheurs avancent le manque de sommeil lié à l’heure d’été. Mais, une fois encore, de nombreux facteurs influencent le nombre d’accidents : changements météorologiques et dans le déplacement des personnes, état des routes..
Conclusion
Quel que soit l’angle sous lequel on regarde le problème, les chercheurs arrivent toujours à la même conclusion : une heure d’été permanente engrange plus d’effets négatifs que positifs. Les États devraient donc l’abolir.  » Au moins par principe de précaution « , juge Christina Schmidt.

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