Transport aérien : des valises pleines de kérosène

Le Canard enchaîné – 27/03/2019 – Jean-Luc Porquet –
Devinette : combien de passagers le terminal de l’aéroport d’Orly, qui vient d’être remis à neuf, va-t-il pouvoir accueillir chaque année ? Réponse : pas moins de 41 millions… Il n’en voyait défiler jusqu’à présent « que » 33 millions. Et il n’est que le deuxième aéroport français, derrière Roissy, qui en voit passer plus de 100 millions…
Ces vols qui ne cessent de se multiplier : la juteuse affaire que voilà § Du coup, certains reprochent au gouvernement la privatisation à venir du groupe Aéroports de Paris (ADP), qui gère ces deux aéroports et leurs boutique (et, en prime, celui du Bourget). Que l’État se débarrasse d’un groupe dont l’avenir est radieux, bizarre, non ? 
Et ce n’est qu’un début. Car L’International Air Transport Association (Iata) prévoit que le trafic aérien mondial va doubler d’ici vingt ans. Ce sont pas moins de 8,2 milliards de voyageurs qui prendront l’avion en 2037 : comme si l’humanité toute entière s’envoyait en l’air. Champagne !
Petit rappel : le moteur  à explosion fonctionne grâce à la combustion rapide d’un mélange d’air et d’essence – ces gaz brûlés étant rejetés dans l’atmosphère. Prenons une Clio qui consomme 6,3 litres aux 100 km en ville et 4,2 en dehors. Parcourir 5 km en ville nécessite 0,31 litre d’essence. C’est comme si on enflammait une canette pleine et qu’on la jetait par la fenêtre. 
Parcourir 800 km en Clio, soit un Paris-Marseille, c’est faire exploser une valise et demie d’essence (34 kg). Et un aller-retour Paris-New York en avion (soit deux fois 5 800 km) ? Cela consiste à brûler 290 kg de kérosène par personne (1). Soit 12,6 valises (en prenant la valise standard de 23 kg des compagnies aériennes).  
Imaginons à chaque Paris-New York une file d’attente de plusieurs centaines de passagers, chacun accompagné de plusieurs porteurs de valises. Tout au long du trajet, ils se relaient pour balancer chacun son tour une valise enflammée par le hublot, de quoi créer une vaste torchère mobile au-dessus de l’Atlantique… Poétique, non ? Chaque passager lâche ainsi une tonne de CO2 dans l’atmosphère. 
Évidemment, plus vite croît le trafic aérien, plus les avionneurs essaient de nous rassurer en expliquant que la filière a réduit de 80 % les émissions par passager kilomètre depuis  les années 60. Ça va de mal en pis mais de mieux en mieux ! Et plus ils promettent d’atteindre la « neutralité carbone » en 2050, laquelle, vaste blague, consiste à émettre de plus en plus, mais à « compenser » en plantant des arbres ici et là…
Bref, « Le Canard » est formel : si le gouvernement veut se débarrasser d’ADP, c’est parce que, prenant au sérieux ses engagements écolos à la CO21, il refuse désormais de se salir les mains avec le trafic aérien, cet affreux réchauffeur de climat !

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