Les fantômes du procès Tapie

Le Canard enchaîné – 03/04/2019 – J. C. –
Bernard Tapie au tribunal correctionnel de Paris, le 1er avril. Bernard Tapie au tribunal correctionnel de Paris, le 1er avril. BENOIT TESSIER / REUTERS
Bernard tapie et Stéphane Richard, le pédégé d’Orange et ex-directeur du cabinet de Christine Lagarde, n’ont pas été vraiment surpris par les lourdes peines (5 ans  et 18 mois de prison ferme)   réclamée par les deux procureurs, Christophe Perruaux et Nicolas Baietto. « Ce sont eux qui avaient rédigé le réquisitoire très sévère. On ne s’attendait pas à ce qu’ils changent d’avis au cours de l’audience« , commente un proche de Stéphane Richard. 
Mais, si les deux magistrats ont eu la main lourde, ils ont aussi laissé percer leur frustration au cours de leurs réquisitoires, trop longs pour être parfaitement efficaces. Car il manquait dans la salle d’audience les principaux responsables : les politiques. 
En tête, Nicolas Sarkozy, qui, pour s’attacher le soutien de tapie, a donné pour instruction de sortir l’affaire tapie de la justice ordinaire pour la faire régler par un tribunal arbitral. Mais l’ex-président est protégé par son immunité. Quant au secrétaire général de l’Élysée sous Sarkozy, Claude Guéant, le procureur a dû le reconnaître : « Son rôle a été impossible à déterminer. » Sans parler de Christine Lagarde, alors ministre de l’Économie, condamnée par la Cour de justice pour « négligence » et « dispensée de peine ». Le « négligent » ne pouvait donc être que le directeur du cabinet de Christine Lagarde, Stéphane Richard, à qui ces messieurs promettent 18 mois de prison ferme. Il fut toujours trouver un subalterne pour porter le chapeau.
Il fallait en outre que les représentants du parquet masquent les faiblesses de l’instruction. Et évitent, notamment, de répondre à cette question : pourquoi un seul des trois arbitres soupçonnés d’avoir rendu une décision frauduleuse se retrouve devant le tribunal : Pierre Estoup, accusé d’entretenir des liens avec l’avocat de Tapie ? Certes, il a rédigé la quasi-totalité de la sentanece d’arbitrage plus que favorable à Nanard, mais les deux autres arbitres, Jean-Denis Bredin et Pierre Mazeaud, se sont déclarés totalement solidaires. Au cours de ladite instruction, aucune confrontation entre les trois arbitres n’a d’ailleurs été organisée.
Requérir contre Tapie était évidemment plus facile, vu son palmarès, et les procureurs ne s’en sont pas privés. Sortir leur gros marteau a dû leur paraître un bon moyen de réhabiliter une justice qui, depuis le début des affaires Crédit Lyonnais-Tapie – il y a vingt-quatre ans -, n’avait cessé de se mettre en Valeur. À sa sortie du tribunal, Bernard Tapie a alors interpellé les avocats des parties civiles: « Contents, ça va ? Vous allez passer une bonne soirée, je vais être 5 ans en prison. » 
De 1995 à nos jours, experts et avocats ont coûté un demi-milliard à l’État selon un rapport de la Cour des comptes que Le Canard a pu consulter. Rédigés en 2007 et en 2010, ils sont classés « confidentiel ». Comme si le contribuable devait se soucier de ce que deviennent ses sous !
Et ce n’est pas fini.

Lire aussi : Procès Tapie : le parquet requiert cinq ans de prison et fustige le « petit monde » qui a organisé l’arbitrage (Le Monde – 2 avril 2019)

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