Qui est le sultan de Brunei, le monarque qui veut lapider les homosexuels ?

Ouest-France – 03/04/2019 – Nicolas Hasson-Fauré –
Brunei a introduit ce mercredi une nouvelle législation qui punit l’homosexualité et l’adultère par la lapidation. Cette loi inspirée de la charia a déclenché un appel au boycott de neuf palaces renommés dans le monde appartenant au fonds souverain du sultanat. L’affaire a placé ce petit pays d’Asie du Sud-Est et son monarque absolu, Hassanal Bolkiah, au centre l’attention.
Tout est parti d’une tribune. Il y a quelques jours, l’acteur américain George Clooney a publié, sur le site Deadline, un texte appelant au boycott de neuf hôtels de luxe, dont le Plaza Athénée et Le Meurice à Paris. Le chanteur britannique Elton John lui a emboîté le pas.
La raison ? Ces palaces ont tous le même propriétaire, le fonds souverain du sultanat de Brunei, où une nouvelle législation s’inspirant de la charia a été instaurée ce mercredi et déclenché les appels au boycott. Le nouveau Code pénal prévoit notamment de punir l’homosexualité ou d’adultère par la lapidation. Les voleurs peuvent être également condamnés à l’amputation d’une main ou d’un pied.
De gauche à droite : l’acteur américain George Clooney, le sultan de Brunei, et le chanteur britannique Elton John. Les deux artistes ont appelé à boycotter neuf palaces appartenant au fonds souverain du sultanat. (Montage photo : Valérie Macon / Karen Bleier / AFP)
L’affaire a braqué les projecteurs sur ce riche petit pays d’Asie du Sud-Est, enclavé en territoire malaisien sur l’île de Bornéo, et surtout sur celui qui le dirige en monarque absolu, le sultan Hassanal Bolkiah.
Un demi-siècle de règne sur Brune
Hassanal Bolkiah, 72 ans, c’est d’abord un règne de plus d’un demi-siècle. Éduqué à Brunei, mais aussi en Malaisie et à la prestigieuse Académie royale militaire de Sandhurst, au Royaume-Uni, il devient sultan en 1967, à l’âge de 20 ans. Cinquante-deux années plus tard, le 29e sultan régente toujours ce pays de quelque 435 000 habitants, devenu indépendant en 1984, après un peu moins d’un siècle de protectorat britannique.
« Hassanal Bolkiah contrôle l’ensemble des pouvoirs », nous explique Marie-Sybille de Vienne. Professeure des universités, spécialiste de l’Asie du Sud-Est et auteure d’un ouvrage spécialisé sur le sujet, Brunei : de la thalassocratie à la rente (CNRS Éditions), elle enseigne l’économie politique et la géopolitique à l’Institut national des langues et civilisations orientales, à Paris.
« Globalement très populaire »
Le sultan est également Premier ministre, ministre de la Défense, des Finances, des Affaires étrangères, notamment… « Le Parlement, dont la quasi-totalité des membres est nommée, se réunit entre douze et quinze jours par an maximum », souligne Marie-Sybille de Vienne. Mais sur place, Hassanal Bolkiah est « globalement très populaire », relève-t-elle encore.
Hassanal Bolkiah contrôle l’ensemble des pouvoirs dans le pays. (Photo : AFP)
Brunei est riche en hydrocarbures et le règne a été marqué par deux « booms » pétroliers, « une période très faste », pour l’économie du sultanat. Pendant cette période, Hassanal Bolkiah a « démultiplié » les programmes sociaux, dotant le pays de « la protection sociale la plus avancée d’Asie du Sud-Est » : enseignement gratuit, prise en charge des soins de santé, accès aux logements sociaux… « Un cocon très confortable », juge Marie-Sybille de Vienne.
L’application de la charia déjà évoquée
Dès 2013, le sultan Hassanal Bolkiah avait annoncé l’application progressive de la charia. L’année suivante, au moment de l’introduction de premières mesures, une première vague de boycott avait d’ailleurs été lancée dans le monde, déjà contre des hôtels appartenant au fonds souverain du sultanat.
Scène de la vie de tous les jours à Bandar Seri Begawan, la capitale du sultanat de Brunei. (Photo : Stringer / EPA)
Les textes de loi instaurés mercredi s’inscrivent dans la continuité de ces décisions. Jusque-là, les relations sexuelles entre hommes étaient passibles d’une peine maximale de dix ans de réclusion. C’est aussi l’un des pays du monde où la peine de mort est toujours en vigueur, mais la dernière exécution à Brunei remonte à 1957.
Une immense fortune
Le sultan a le pouvoir, il a aussi la fortune. Hassanal Bolkiah est riche. Immensément riche. Il figure bien souvent en bonne place dans les classements de « chefs d’État les plus riches du monde ». Selon les informations magazine financier américain Forbes, une référence en la matière, son opulence dépasserait les 17 milliards d’euros…
Même si peu d’informations ont filtré sur l’origine de sa fortune, il la doit notamment à des investissements dans plusieurs entreprises, dit encore Marie-Sybille de Vienne.
Une vue de la Cour suprême du sultanat, à Bandar Seri Begawan. (Photo : STR / EPA)
Hassanal Bolkiah posséderait également une impressionnante collection de voitures de luxe, selon de nombreux médias. Il vit dans un palais de 200 000 mètres carrés. C’est « le plus grand palais résidentiel du monde », selon le Livre Guinness des records.
Et après lui ? C’est son fils aîné, le prince héritier Al-Muhtadee Billah, déjà ministre aujourd’hui, qui devrait lui succéder et devenir le trentième sultan de Brunei.

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