Christine Lagarde découvre l’impôt

Charlie Hebdo – 03/04/2019 – Jacques Littauer –
Port altier, démarche assurée, regard direct : Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) est l’une des femmes les plus puissantes de la planète, consacrée comme telle par le magazine Forbes ou par le Wall Street Journal. Diplômée de l’institut politique d’Aix-en-Provence, elle échoue à l’NA, mais intègre, puis préside le cabinet d’avocats d’affaires américain Baker & McKenzie, une modeste entreprise employant 4 700 avocats, dans 60 pays, toute dévoué au « conseil » aux très grandes entreprises, à commencer par les moyens de ne pas financer la police, l’école et les hôpitaux de leur pays, pratique aussi dénommée « optimisation fiscale ». 
Mais Christine Lagarde a également mis en œuvre la loi dite Tepa (Travail, emploi et pouvoir d’achat). Vous l’aviez déjà oubliée ? Nous étions en 2007, Nicolas Sarkozy était président; François Fillon Premier ministre – la droite avait de la gueule en ce temps là. Et Christine Lagarde était ministre de l’Économie, avec un principe simple : les impôts, c’est caca.
Trois mesures étaient emblématiques de cette loi : baisser la fiscalité, déjà faible, sur les héritages; permettre à des salariés d’effectuer des heurs supplémentaires sans payer plus d’impôts (c’était le « travailler plus pour gagner plus »); et surtout le fameux bouclier fiscal, qui garantissait que personne ne reversait plus de la moitié de ses revenus à l’ogre étatique.
A l’époque, même une partie de la droite râlait contre ces mesures, qui coûtaient très cher et profitaient avant tout aux plus riches.  Ce à quoi Christine Lagarde répondait que le bouclier fiscal était un « signal » adressé à ceux qui souhaitaient « échapper à l’impôt français » pour leur montrer que la France était un « lieu attractif » dans lequel ils pouvaient « investir de manière profitable« .
Rien ne l’arrêtera dans sa croisade fiscale
Baisser les impôts sur les très riches pour les pousser à investir, ça ne vous rappelle rien ? Eh bien, on sait ce que ça donne. Comme l’a expliqué Gilles Carrez – de droite, donc, sans ces conneries, le budget de la France aurait été en équilibre en 2006, pour la première fois depuis 1973, au lieu d’afficher un déficit de 3 % du PIB (France Inter 2/08/2017).).
Christine Lagarde a donc ouvré toute sa vie pour réduire les impôts des grandes entreprises et des particuliers fortunés (ce qui est un peu la même chose). Mais que nous déclare désormais le même Christine Lagarde ?  Que les grandes multinationales paient « trop peu d’impôts » et qu’il convient de « changer les règles du jeu » dans ce domaine (1). En effet, explique-t-elle, la forte baisse, depuis trente ans, de l’impôt sur les sociétés et « la facilité avec laquelle les multinationales semblent pouvoir échapper au fisc » privent les États, à commencer par les plus pauvres, de centaines de milliards de dollars de recette par an. Merci de garder ce chiffre en tête quand n vous fait pleurer sur les 10 milliards d’euros lâchés par Macron pour la plèbe jaune. 
Est-ce le doux soleil de printemps qui fait flamboyer les buildings de Washington ? La lecture d’un article d’Alternatives économiques égaré sur une table du FMI ? Le mystère plane encore. Mais le fait est là :  Christine Lagarde a eu une révélation et désormais rien ne l’arrêtera dans sa croisade fiscale. Une attitude méritante de la part de celle qui est payée 1 000 euros par jour et sur lesquels, en tant que fonctionnaire internationale, elle ne paye aucun impôt.
(1)  Allocution de Christine Lagarde, « la fiscalité dans l’économie mondiale » (FMI – 25 mars 2019)

A propos werdna01

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