Mots pour maux : le petit économiste

La Décroissance – avril 2019 – Denis Baba –
Pour faire face aux divers vents mauvais – destruction écologique, violences, démagogies, etc. – qui soufflent de toutes parts, votre vaillant « petit économiste » vous propose un tout petit lexique de déminage intellectuel. Que vous voudrez bien compléter ou réfuter…
Autogestion – mot aujourd’hui très peu usité. Renvoie à la « citoyenneté économique » : une direction démocratique des institutions économiques. Suppose que le plus grand nombre prenne ses responsabilités de producteurs de richesses économiques et entreprenne une certaine désindustrialisation, une décroissance économique.
Bourgeoisie – Classe sociale en décadence accélérée, historiquement condamnée. Depuis sa révolution réussie (XIVème – XIXème siècles), elle possède et dirige l’économie capitaliste, sa créature. A éliminé les formes anciennes d’oppression (notamment religieuses) mais s’est faite de plus en plus meurtrière, détruisant la vie humaine et naturelle à grande échelle.
Classe sociale – Rassemblement d’êtres humains qui poursuivent, au-delà de leurs « identités » (religion, couleur de peau, sexe, etc.) un même objectif : diriger les institutions économiques. N’a donc rien à voir avec des catégories socio-professionnelles. L’objectif de divers populistes contemporains est d’anéantir ce mot et toute perspective révolutionnaire.  
Contre-révolutionnaires – Êtres humains membres ou alliées de la bourgeoisie et s’opposant à toute perspective révolutionnaire, acharnés à défendre et à renforcer le capitalisme en détruisant les conquêtes de la classe ouvrière. La quelle a commencé une révolution en vue de démocratiser l’économie (gestion salariale des caisses de Sécurité sociale, interventions syndicales dans les entreprises, etc.). Les libéraux sont des contre-révolutionnaires affichés : ils voient la plupart des antilibéraux comme honteux et de mauvaise foi en s’affichant par exemple comme de vaillants opposants au néolibéralisme
Décroissance – Politique économique de sobriété matérielle à l’échelle collective. Nécessité écologique et civilisationnelle absolue obligeant à une très forte lutte de classes pour éradiquer les institutions du capitalisme en économie afin de démocratiser cette dernière. Le combat de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes fut localement exemplaire de ce point de vue. Mot inévitablement détesté par tous les contre-révolutionnaires. C’est-à-dire 99 % de ceux qui campent dans les divers médias et d’une bonne partie du peuple.
Emploi – Principale forme de domination des propriétaires du capital sur les travailleurs. Très appréciée des contre-révolutionnaires qui en veulent toujours plus.
La théorie du ruissellement
Désespoir – Sentiment très répandu chez tous ceux qui adhèrent à l’air contre-révolutionnaire du temps. A l’origine de textes scientifiques (Cochet) et littéraires (Houellebecq). Absent des rangs décroissants et assimilés.
France périphérique – Expression équivalente à « peuple vertueux ». très utilisée chez les intellectuels populistes tend à  substituer à la lutte des classes, l’opposition entre les ménages ayant acheté un logement dans une « périphérie » – éloignée des centre d’emplois et ne pouvant plus « joindre les deux bouts » (voitures, crédits…) et les habitants des métropoles dits « privilégiés » même s’ils sont locataires, vivent en HLM et disposent de peu d’argent. Et à fortiori ceux des « banlieues » soupçonnés, surtout s’ils sont jeunes et portent capuche, d’être de mauvais sujets.
Impôt/fiscalité juste – Mis au cœur de la bataille politique du pouvoir d’achat, par les contre-révolutionnaires de gauche. L’impôt doit garantir la jute répartition de la richesse économique, la célèbre métaphore du partage du « gâteau » dont la recette ne doit jamais être contestées : quels ingrédients utiliser, qui commande, pourquoi le gâteau doit toujours croître, etc.
Lutte des classes – Affrontement entre classes historiquement constituées et politiquement organisées en vue du contrôle des institutions économiques. N’a rien à voir avec le pouvoir d’achat. Pas davantage avec l’émeute.
Néolibéralisme – Mot très usité car ne voulant rien dire et permettant de na pas parler des choses essentielles en se focalisant sur « la finance », « les riches », l’impôt, la répartition, etc. Permet de construire un théâtre d’ombres dans lequel un peuple (99 %) doit lutter contre une élite (1 %) pour un impôt juste. Dérivatif efficace, surtout chez les « bac + 5 » et les politiciens contre-révolutionnaires de gauche.  Peuple, populiste – Le peuple est un ensemble d’êtres humains liés par un destin commun – le « peuple français » – et qui n’appartiennent pas aux « élites ». Mot privé de toute signification politique. L’automobiliste ouvrière qui fonce sur un barrage de « gilets jaunes » et l’ouvrier bloqueur qu’elle blesse sont tous deux membres du peuple. Les populistes s’en gargarisent pour ne pas parler lutte des classes, n’ayant plus la moindre idée de ce que celle-ci pourrait signifier. Ainsi très utiles alliés de la bourgeoisie.
Pouvoir d’achat – Une des formes principales de la contrainte capitaliste dans nos vies. Capacité d’acheter toujours plus de marchandises produites essentiellement grâce à des emplois pour garantir les taux de profit des entreprises contrôlées par la bourgeoisie. Les personnes disposant de revenus faibles, voire moyens sont inévitablement perdantes dans cette course folle. Mais, faute de lutte des classes, elles sont condamnées à réclamer toujours plus d’argent pour vivre toujours plus mal. Une contradiction source d’une grande violence. Les populistes ne cessent pourtant de les encourager dans cette voie, révélant leur caractère contre-révolutionnaire.
Vérité (une) – La planète est trop petite pour l’industrialisation généralisée. Curieusement, évidence uniquement reconnue par les décroissants (et assimilés).
Violence – Inévitable lors qu’explose la colère provoquée par la misère matérielle et surtout spirituelle d’une grande partie de la population ne souhaitant pas mener la lutte des classes. Renforce le désespoir.
Révolution – Lutte de classe de longue période débouchant sur la maîtrise des institutions économique par une classe sociale.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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