Pourquoi Boeing pique du nez

Le Canard enchaîné – 03/04/2019 – J.M. Th. –
An American Airlines Boeing 737 MAX 8 taxis out for departure from Miami International Airport in February 2019.
Jeremy Dwyer-Lindgren for USA TODAY
Après les crashs de deux de ses 737 Max en cinq mois, Boeing est dans le collimateur des enquêteurs américains, ministère de la Justice en tête. Le constructeur a-t-il sacrifié la sécurité au profit ? La question est mortelle. En 2011, raconte le « New York Times » (23/3), la firme de Seattle réalise qu’elle va se faire tailler des croupières par Airbus sur le créneau des moyens-courriers. L’européen a annoncé une nouvelle version de son A320, beaucoup plus économe en kérosène, qui intéresse les compagnies du monde entier, dont American Airlines, à la grande surprise de Boeing. pour ne pas laisser filer ce marché crucial, le constructeur décide alors d’améliorer son vieux 737 plutôt que de construire un nouvel avion. Il gagne quatre ans. 
La sécurité en option
Problème, pour rattraper le retard, ses ingénieurs sont sous pression. « L’effort pour dessiner, produire et certifier son Max à l’arrache n’a-t-il pas poussé Boeing à faire l’impasse sur des risques cruciaux pour la sécurité, et à sus-estimer le besoin d’entraînement des pilotes ? » interroge le « NYT ». Les employés racontent la course frénétique pour mettre au point le nouvel appareil, le rythme double de la normale pour soumettre des solutions techniques. « Les détails étaient très serrés, c’était : allez, allez, allez ! » confie un ingénieur.
L’avantage de moderniser le 737 plutôt que de créer un nouvel avion, c’est de limiter le nombre de certifications. Donc l’entraînement des pilotes. Donc le coût pour la compagnie. Pour économiser du temps de formation, les ingénieurs, par exemple, mettent sur les nouveaux écrans numériques du cockpit le duplicata des  puissants, donc plus gros, qui changent l’aérodynamisme de l’appareil et peuvent l’amener à se cabrer dans certaines circonstances. D’où l’ajout d’un logiciel, le MCAS, pour prévenir le décrochage. « Parce que le système était supposé marcher automatiquement, Boeing a pensé qu’il n’avait pas besoin de prévenir ses pilotes, et les régulateurs ont dit d’accord. Les pilotes n’ont pas eu à s’entraîner là-dessus sur les simulateurs. » Pire, un voyant d’alarme supplémentaire dans le cockpit, reposant sur deux capteurs et non un seul, était en option selon le « Wall Streeet Journal ». Comme quoi une petite économie peut se révéler meurtrière !
S’il se confirme que le système est à l’origine des deux crashs, Boeing risque très cher. il faudra des années au constructeur  pour recouvrer la confiance des compagnies, prédit déjà le « Wall Street Journal ». Pas convaincu par la mise à jour de son système anti décrochage, l’agence fédérale de l’aviation américaine lui a demandé, le 1er avril, de revoir sa copie et de lui présenter un autre correctif. Boeing est bien menacé de décrocher !

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