Fukushima et les JO de Tokyo : une question centrale

Le Canard enchaîné – 10/04/2019 – David Fontaine –
L’avenir est forcément radieux, si ce n’est radioactif, aux abords du site… 
A compter de ce 10 avril, le gouvernement japonais s’apprête à  autoriser la population à revenir sur une partie du territoire d’Okuma, l’une des deux localités qui hébergent la centrale éventrée de Fukushima. A un an des Jeux olympiques de Tokyo, le ministère japonais de la Reconstruction accélère sa politique de repeuplement actif de la région, lancée dès le printemps 2017. Notamment en coupant progressivement le robinet des indemnisations aux quelque 44 000 évacués forcés encore répertoriés. 
Symboliquement, le relais de la flamme olympique partira du complexe sportif situé à 20 km de la centrale, qui a hébergé les ouvriers chargés de la décontaminer ! Et les épreuves olympiques de base-ball seront délocalisées à la préfecture de Fukushima. Alors même que le site, « en cours de démantèlement », est « toujours vulnérable aux séismes et aux typhons », souligne la géographe Marie Augendre (Rue89Lyon, 7/4)…
Guérite de contrôle à l’entrée de la zone de retour difficile. Des plaques de plomb (en bleu) limitent l’exposition de l’employé qui vérifie les autorisations des véhicules et ouvre le portail. Commune de Namie, département de Fukushima, 2 novembre 2016. © Marie Augendre
Le gouvernement a levé, un à un, depuis 2014, les arrêtés d’évacuer des communes situées dans la zone interdite de 20 km autour de la centrale, institués à la suite de l’accident de 11 mars 2011… en arguant que seuls 2,7 %  du territoire de la préfecture de Fukushima restent contaminés.
A croire que le déni fait merveille pour dissiper la radioactivité. Dès le 22 avril 2011, le gouvernement avait déjà relevé officiellement le seuil de radioactivité admissible par les habitants de 1 mSv (millisievert) par an à 20 mSv, soit le taux maximal réservé aux travailleurs et ingénieurs du nucléaire…
Surdose à vie
Trouvant « extrêmement inquiétant » le refus officiel de revenir au seuil maximal antérieur de 1 mSv, le rapporteur spécial de l’ONU pour les substances dangereuses, Baskut Tuncak, a exhorté, en octobre, les autorités nipponnes à cesser de faire revenir enfants et femmes en âge de procréer dans la zone concernée. « La levée progressive des ordres d’évacuation a créé d’énormes tensions sur les personnes dont la vie a déjà été affectée par la pire catastrophe nucléaire de ce siècle. Bon nombre d’entre elles ont l’impression d’être forcées de retourner dans des zones dangereuses, y compris celles où les niveaux de rayonnement sont supérieurs à ce que le gouvernement considérait auparavant comme sûr. »
Le physicien nucléaire David Boilley, qui, avec l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (Acro), a contribué à fonder et à équiper un labo indépendant de mesures au Japon, souligne : « En France, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire avait annoncé, de son côté, qu’il aurait fixé ce taux maximum pour la période d’urgence à 10 mSv. Or, dans la région de Fukushima, cela aurait poussé à évacuer 70 000 personnes de plus…« . C’est, bien sûr, aussi une question de gros sous. 
Les autorités nipponnes ont également décrété qu’il n’y avait pratiquement pas de risque de cancer au-dessous de 100 mSv, alors que les quatre campagnes de dépistage qu’elles ont dû entreprendre, depuis, chez les enfants et les ados de moins d e18 ans ont déjà fait apparaître 166 cas de cancer confirmé. On l’aura bien compris, pas l’ombre d’un nuage nucléaire ne doit ternir l’éclat des JO au pays du Soleil-Levant !

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