WWOOFing dans les fermes bio : une expérience à vivre !

Biocontact – avril 2019 – Jean-Jacques Fasquel –
Donner du sens à ses vacances en partageant le quotidien des paysans, découvrir l’agriculture biologique, apprendre des techniques et rencontrer les acteurs de cette nouvelle utopie, c’est ce que permet le WWOOFing.
En 1971, Sue Coppard est secrétaire au Royal College of Art de Londres et la campagne lui manque. Elle trouve, au fin fond du Sussex, une ferme bio qui accepte de l’accueillir un week-end. Elle trouve deux personnes pour l’accompagner et elles vont ainsi passer un week-end à la ferme, à nettoyer un terrain de ses ronces et à curer des fossés, tout en passant du temps à discuter avec les fermiers. A la fin du séjour, ces derniers, ravis de la rencontre, leur demandent s’ils souhaitent revenir. Le WWOOFing (pour Working Weekends on Organic Farms, soit « Week-ends de travail dans les fermes biologiques ») était né.
Les différents acronymes
Sue développe progressivement le concept. Les lieux et les hôtes, comme les volontaires, se multiplient. Etant donné que les séjours ne se limitent plus aux week-ends, l’acronyme signifiera rapidement Willing Workers on Organic Farms, soit « Travailleurs volontaires dans les fermes biologiques ». Toutefois, cette notion de « travailleur » posera rapidement problème aux bénévoles, au niveau des services de l’immigration à l’entrée ou à la sortie du territoire britannique. Pour éviter amalgame et confusion entre WWOOFing et travail déguisé (nous y reviendrons), la définition actuelle de l’acronyme World Wide Opportunities on Organic Farms  («  Opportunités mondiales dans les fermes biologiques ») a été préférée et, depuis 2000, de nombreuses associations nationales l’ont adoptée.
Le principe du WWOOFing
Le WWOOFing se définit comme des vacances solidaires actives. Ce mouvement mondial permet aux volontaires de découvrir le quotidien des fermes biologiques, d’apprendre et de participer bénévolement et librement aux activités d’un hôte qui souhaite partager son univers.
Ce n’est pas du travail au sens légal du terme : aucune obligation de rentabilité, pas de lien de subordination ni de hiérarchie, aucune rémunération. Le gîte et le couvert sont offerts par le fermier qui accueille les volontaires. Habituellement, le contrat moral prévoit que le WWOOFeur donne un coup de main de 20 à 25 heures par semaine avec, en général, deux jours de libres. Nul besoin d’être un jardinier émérite ou un apiculteur patenté, les demandes sont fonction des aptitudes et envies de chacun : c’est-à-dire des tâches simples, montrées au préalable, ou des tâches plus complexes, après formation du WWOOFeur si ce dernier le souhaite.
Les organisations nationales
Le WWOOFing peut être pratiqué dans une centaine de pays. Dans plus de soixante d’entre eux, une association nationale organise la mise en relation entre hôtes et WWOOFeurs. En France, c’est l’association WWOOF France qui pilote le programme national.
Pour les autres pays, la FOWO (Federation of WWOOF Organisations) propose un site, WWOOF Independents (2), qui compile les propositions d’accueil des hôtes de ces différents pays.
WWOOF France existe officiellement depuis 2007 et son activité ne cesse de se développer. Cette association est aujourd’hui gérée par trois salariés et quelques bénévoles. Fin 2017, elle comptait 1 769 hôtes et 13 436 WWOOFeurs adhérents. Sa mission première est de mettre en relation hôtes et WWOOFeurs via une plateforme en ligne. Elle gère ainsi les inscriptions des hôtes et des bénévoles, tout comme les éventuels conflits, et s’occupe bien évidemment de la promotion du WWOOFing en France.
Concernant la légalité…
On l’a vu, dès sa création en Angleterre, le WWOOFing a généré des questionnements et des incompréhensions quant au statut des volontaires. En France, après beaucoup de pédagogie mise en œuvre, le WWOOFing est désormais présenté, dans la convention de lutte contre le travail illégal de février 2014, comme « une activité non présumée salariée, au même titre que l’entraide ou le bénévolat, lorsque les conditions d’exercice de l’activité ne caractérisent pas une activité salariée ».
Sur son site, la MSA définit le WWOOFing comme l’activité qui «  consiste à accueillir sur des exploitations agricoles biologiques des personnes majeures, afin de leur faire découvrir un autre mode de vie tourné vers la nature et partageant le quotidien d’exploitants. Ces personnes peuvent donc être amenées à participer occasionnellement à certaines tâches dans le but de découvrir des techniques de l’agriculture biologique. »
WWOOFing mode d’emploi
Pour accéder aux adresses et coordonnées des hôtes référencés sur le site de WWOOF France, il vous faut tout d’abord adhérer à l’association (25  euros pour une personne). Une fois inscrit, renseignez votre profil, présentez-vous et précisez vos motivations afin de pouvoir accéder au « Graal » : le site interne et le profil des hôtes.
Le site de WWOOF France permet d’effectuer une recherche multicritères grâce à de nombreux filtres. Vous pouvez ainsi choisir le lieu géographique (région, département…), la période et la durée de votre séjour, le type d’activités pratiquées (maraîchage, boulangerie, élevage, apiculture, brasserie…) et le type d’hébergement. Vous pouvez également indiquer si vous êtes seul ou plusieurs et voir quels sont les hôtes qui acceptent les enfants ou les animaux. Il est aussi possible de procéder par mots clés, tout simplement !
Vous allez ainsi sélectionner, puis découvrir la fiche signalétique de différents hôtes parmi près de 1 800 profils présents sur l’interface. Les fiches sont riches de nombreuses informations. Au-delà de la description générale et des coordonnées (localité, téléphone, site Internet, page Facebook…), vous pourrez par exemple connaître l’ancienneté de l’hôte, savoir à quelle période et pour quelle durée vous pouvez être accueilli, quelle est la gare ou la ville la plus proche et s’il est possible que l’on vienne vous chercher…
Il est important de regarder en détail la description rédigée par l’hôte. Non seulement parce que le simple fait de la lire et de se projeter est un voyage en soi, mais surtout parce que cela vous permettra de bien comprendre l’esprit du lieu, son ancienneté (certains projets sont encore à l’état de création ou de construction, de ce fait, les conditions d’accueil peuvent être plus spartiates), de saisir quelle est son activité principale (plusieurs cases sont souvent cochées alors qu’elles ne sont qu’accessoires) ou de discerner les spécificités qui pourraient vous rebuter : tabac ou alcool interdit, logement à l’extérieur de la ferme impliquant un trajet quotidien, logement peu confortable (tente), pas d’accès à l’eau chaude, pratique religieuse affirmée, etc.
L’hôte illustre sa présentation de différentes photos qui permettent de mieux imaginer l’environnement et d’appréhender l’âme du lieu, comme celle de ses propriétaires. Les plus romantiques préféreraient sans doute avoir la surprise de découvrir par eux-mêmes ce qui se cache derrière la description écrite, néanmoins ces images ont pour objectif de rassurer le WWOOFeur.
La durée minimale imposée par l’hôte est précisée sur sa fiche signalétique. D’une journée à plusieurs mois, le WWOOFing n’a pas de durée type, même si une grande majorité des hôtes préfèrent vous recevoir sur un minimum de deux à trois semaines pour optimiser le temps d’apprentissage des premiers jours. Certains proposent parfois une période de test, avec prolongement si affinités. Certains WWOOFeurs restent… jusqu’à plusieurs années, d’autres reviennent régulièrement s’ils se sentent bien. Une semaine de séjour semble un minimum pour que l’immersion permette un regard complet sur l’activité de la ferme.
Les repas sont théoriquement pris en commun avec le paysan et sa famille. Pensez à informer votre hôte en amont si vous avez des préférences ou des intolérances alimentaires et vérifiez qu’il pourra y répondre. A l’inverse, les hôtes ont parfois des habitudes alimentaires qu’ils précisent, en général, dans leur descriptif (les hôtes végétariens sont assez courants). Vous vous en doutez, les repas resteront souvent d’excellents souvenirs. Vous êtes à la table de personnes qui défendent le bien-manger et une alimentation de qualité. Les produits cuisinés proviennent souvent de leur propre ferme ou sont produits aux alentours par des paysans qui partagent les mêmes valeurs.
L’un des filtres du site de WWOOF France permet de choisir le type d’hébergement proposé. De la chambre à la caravane, en passant par l’emplacement de camping, les propositions sont variées. Ne vous attendez pas toujours à la qualité d’une chambre d’hôte : les hébergements sont souvent simples, voire rustiques, parfois très confortables, rarement spartiates. Les toilettes sèches sont courantes et cohérentes. Les hôtes indiquant parfois plusieurs types d’hébergement possibles, il est bien de demander à ce que l’on vous précise quel sera le logement proposé in fine et s’il vous faut amener un sac de couchage ou si les draps sont fournis.
Attention aux lieux qui accueillent de nombreux WWOOFeurs. Certes, partager cette expérience avec quelques autres WWOOFeurs peut être sympathique et l’occasion de rencontres riches et complémentaires, mais soyez conscient que plus vous serez nombreux, moins votre hôte aura de temps spécifique à vous accorder. On a pu voir, notamment à l’étranger, des « usines à WWOOFeurs », ces derniers étant cantonnés dans un bâtiment spécifique, y compris pour les repas.
S’enrichir des autres
A votre tour de pousser la porte des fermes de l’agriculture biologique de France. On peut rêver que cette expérience soit un jour obligatoire pour tout citoyen, de même qu’apprendre à cultiver son potager devrait être un des fondamentaux qu’on enseigne à l’école… ou, encore mieux, qu’il soit à nouveau transmis par ses parents. Mais, au-delà du savoir-faire, aussi précieux soit-il, c’est bien de la rencontre avec l’autre que vous reviendrez à chaque fois, riche, transformé et plus ouvert sur notre monde ■
 www.wwoof.fr en français, wwoofindependents.org, en anglais.
Carnets de WWOOFing : De Jean-Jacques Fasquel, éd. Terre vivante. En librairies, magasins bio, jardineries et sur boutique.terrevivante.org. Blog : http://www.carnetsdewwoofing.f / paru le 20 novembre 2018 / 10 €
Donnez du sens à vos vacances Récolter les pommes de terre et les artichauts, planter la vigne, traire les brebis et fabriquer des fromages, participer à un chantier de construction terre-paille … À l’heure de la prise de conscience écologique, le WWOOFing, alternative éco-touristique solidaire, fait de nombreux adeptes, mais reste malgré tout encore peu connu du grand public Ce petit guide sera d’une grande aide pour préparer ces vacances d’un nouveau genre, en mode « solidarité active » : comprendre ce qu’est le WWOOFing, apprendre à choisir et préparer un séjour, connaître les règles de savoir-vivre en usage chez un hôte, gérer les éventuelles difficultés. L’auteur partage ses expériences au travers d’un « journal » de bord détaillé, tenu au jour le jour lors des séjours de WWOOFing qu’il réalise tous les ans depuis une dizaine d’années. Et si le WWOOFing se pratique partout dans le monde, cet ouvrage a pris le parti de se concentrer sur le WWOOFing en France, par choix écologique pour limiter les déplacements. Un avant-goût de ce que peut être le WWOOFing en attendant de le pratiquer soi-même, fort de tous les enseignements recueillis dans ce livre !

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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