Supplique aux Anglais pour qu’ils restent dans l’Europe

Charlie Hebdo – 10/04/2019 – Gérard Biard –
Please dont’ go ! S’il vous plaît, ne partez pas. Ne quittez pas cette Europe qui ne sera plus tout à fait la même si vous n’êtes plus là. Certes, elle aura toujours la rigueur allemande, la bonne humeur italienne, la politesse scandinave, la folie belge, la fiesta espagnole, la cuisine française, la plomberie polonaise, mais il lui manquera l’essentiel : l’humour anglais. 
Ces derniers mois, vous nous avez une fois de plus démontré, de façon éclatante, que vous êtes imbattables dans cette discipline. Vous avez réussi de manière magistrale  à transformer un triste divorce en un sketch hilarant tout droit sorti du Monty Python’s Flying Circus. Le Brexit ressemble à un plagiat génial du « 100 mètres des sportifs qui n’ont pas le sens de l’orientation », tiré du sketch Silly Olympics (les Olympiades idiotes). On y voit des athlètes partir en courant chacun dans un sens différent, certains tournant en rond, courant en zigzag, se percutant, se vautrant dans un fossé… Avec un petit quelque chose du « marathon des incontinents », issu du même sketch, où les coureurs s’arrêtent toutes les trois minutes pour pisser.
Faisons le point. Point pas forcément exhaustif au moment où vous lisez ces lignes, la situation et les positions des uns et des autres variant parfois d’heure en heure…
…et continuent à nous faire rire
Il y a les brexiteurs durs. Parmi eux, il y a ceux qui quittent le gouvernement, ceux qui restent, ceux qui vont bientôt partir et ceux qui voudraient revenir. Il y a les brexiteurs mous, avec les mêmes variantes que les durs. Il y a aussi les remainers, qui veulent rester dans l’UE, avec également toutes les nuances de dur et toutes les nuances de mou. Mais il y a aussi les remainers qui sont devenus brexiters par devoir, comme Theresa May. Et les brexiters devenus remainers mous par calcul politique, comme Jeremy Corbyn, le leader travailliste à géométrie variable.
Il y a ceux qui veulent une sortie sans accord. Ceux qui veulent bien un accord, mais pas celui-ci ni celui-là. Ceux qui veulent une union douanière. Ceux qui veulent rétablir une frontière entre l’Irlande du Nord (province britannique) et la République d’Irlande (État européen). Ceux qui n’en veulent pas car cela violerait l’accord du Vendredi saint, qui a mis fin à trente ans de guerre civile. Ceux qui veulent un nouveau referendum. Ceux qui veulent dessaisir le gouvernement du contrôle du Brexit pour le transférer au parlement -comme c’est le Parlement qui décide déjà du sort du Brexit, on ne voit pas bien ce que cela changerait, mais on n’est pas anglais… Ceux qui regrettent de ne pas être sortis le 29 mars. Ceux qui voulaient sortir le 12 avril. Ceux qui sortiraient bien plus tard. Ceux qui voulaient quand même participer aux élections européennes de fin mai, tout en partant en juin. Ou peut-être en juillet. Ou en 2020. Ou pas. 
Et tous, sans exception, sont convaincus qu’ils sont Churchill, tenant face à l’adversité pour la sauvegarde de la glorieuse Albion.
Chers amis britanniques, comment allons-nous faire sans votre talent inégalé ? Vous qui avez réussi à énerver encore plus flegmatique que vous : Jean-Claude Juncker, le très luxembourgeois patron de la Commission européenne. Vous qui nous régalez d’un vaudeville à nul autre pareil, sans temps mort, où chaque jour apporte son coup de théâtre et son comptant de gags. Mercredi dernier, par exemple, vos députés ont adopté, à une voix près, une loi interdisant un « no deal », une sortie sans accord. On imagine la tête de cette pauvre Theresa May qui, depuis janvier, essaye en vain – trois échecs au compteur pour l’instant – de vous faire adopter, justement, ce foutu accord péniblement négocié avec l’UE… Non, vraiment, en ces temps de morosité européenne, vous ne pouvez pas nous laisser tomber. Please stay.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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