Notre Dame sans les mots

Arrêt sur images 16/04/2019
Toute sa vie, on se souviendra où on était, et comment on l’a appris. J’ai d’abord vu brûler Notre Dame du haut d’une terrasse de Paris où je me trouvais par hasard, avant tout direct de BFM, avant tout titre de presse, avant tout commentaire, l’événement nu, j’ai vu brûler Notre Dame nue, de mes yeux vu, une amie venait de me dire « Je suis sous le choc, Notre Dame brûle, des flammes plus hautes qu’elle », alors le coeur bat plus vite, on ne croit pas ce qu’on entend, Notre Dame brûle, on se précipite sur la terrasse et voilà, Notre Dame est en flammes, dans un incroyable silence, si seule au milieu de la ville, de loin on ne voit ni n’entend les pompiers, ni personne, si seule, est-il possible ?
Avant. Après.
Bléssée, mais vivante.
Hurt, but alive. pic.twitter.com/kImqTtfKDL
— Henrik Enderlein (@henrikenderlein) 16 avril 2019
On apprendra plus tard que ce ne sera que le toit. On se sentira stupidement rassuré. Le toit, ce n’est pas ce que je regardais en premier, vers quoi se portait, machinal, le regard, passant quai de Montebello, d’où ces photos sont sans doute prises. C’était plutôt les arc-boutants qui m’attiraient, cette araignée, ces amarres du grand vaisseau. Et pourtant, ce toit envolé, voici la silhouette rasée, tondue, défigurée. Même si les beffrois sont sauvés, c’est ici que se lit l’affront aux siècles
J’ai d’abord vu brûler Notre Dame, il était peut-être dix-neuf heures quinze, et rien de ce qui vient ensuite n’est comparable à ce brasier muet dans le lointain d’où surnagent encore les deux tours, mais pour combien de temps, quand on se dit qu’il y aura peut-être un avant et un après, on cherche les précédents, on n’en trouve pas, on se dit qu’il faudra peut-être vivre le reste de sa vie sans la massive silhouette centrale qui nous relie au Moyen Âge. Rien n’est comparable, ni les chaînes en édition spéciale, ni les larmes de Bern, ni ce flot de mémoire hugolienne que dépose Twitter, toute cette polyphonie harmonieuse de l’émotion des autres, ni les smartphones ni les prières, rien ne peut recouvrir ce choc initial d’avoir vu brûler Notre Dame seule, en tête à tête, dans l’océan de pierre.

notre dame des smartphones

NOTRE dame des prières
Photos Clémentine Schneidermann

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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