La bêtise puissance 5G

Charlie Hebdo – 17/04/2019 – Jacques Littauer –

The Mobile World Congress (MWC) in Barcelona on February 25, 2019.(Photo by Josep LAGO / AFP)

C’est amusant comme nous vivons au milieu de sigles dont nous ne comprenons pas le sens. Qui serait capable de dire précisément ce qu’est la « 5G » ? La 5G, c’est la « cinquième génération de standards pour la téléphonie mobile », après -hé ! hé ! – la 4G. Une technologie qui pourrai permettre des débits de télécommunication jusqu’à 100 fois plus rapides que la 4G, et… 1 000 fois plus rapides qu’en 2010, à l’époque de la bougie.
Pour nous autres simples mortels, la 5G, ce sont des films en haute définition téléchargés -légalement – en quelques secondes. Mais pour le monde, c’est, nous promet-on, l’entrée dans l’intelligence : avec la 5g, nous aurons enfin des voitures autonomes (fini pépé qui s’endort au volant), des villes intelligentes (les rues seront éclairées seulement là où il y a des passants), des opérations chirurgicales réalisées à distance, etc.
Les frigos nous préviendrons que la salade au fond du bac à légumes est bientôt périmée, et -véridique – la couche de bébé enverra un petit signal à papa et maman lorsque leur merveille aura déféqué. Et, bien sûr, les usines seront dirigées par des robots au lieu de tous ces chefs incompétents, qui commanderont d’autres robots au lieu d’ouvriers syndiqués à la CGT.
Mais tout cela ne représenterait-il pas un juteux marché ? Si fait. Les opérateurs de téléphonie mobile ont les paumes sèches à force de se frotter les mains. On parle d’un investissement de 500 milliards d’euros  rien qu’en Europe, mais personne n’en sait rien au juste.
De sérieuses accusations d’espionnage.
Problème : l’Europe et la Rance en particulier, est terriblement en retard sur la technologie de nouvelles antennes. Le leader  mondial dans ce secteur est le chinois Huawei, grâce auquel pas moins d’un tiers de la population mondiale se connecte à un réseau. Mais Huawei a le gros défaut d’être beaucoup trop incorporé au pouvoir chinois, ce qui lui vaut de sérieuses accusations d’espionnage. 
Après l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le japon, la France a elle aussi adopté une loi permettant au Premier ministre de refuser à un opérateur mobile d’installer des équipements radioélectriques. Une loi taillée sur mesure contre Huawei qui prouve, pour la millième fois, que quand on veut se prémunir contre la mondialisation, on,peut.
La 5G, concrètement, ce sera donc des dizaines de milliers de nouvelles antennes, beaucoup plus puissantes que celles d’aujourd’hui, à installer. Et ce alors que l’OMS classe les ondes électromagnétiques comme possiblement cancérigènes pour l’humain, et que les expériences menées sur des rats a laissé les bestioles en piteux état. Des nouvelles antennes, il y en aura partout : sur les toits, sur le mobilier urbain, et même certaines installées à hauteur d’homme.
Et, évidemment, aucune étude épidémiologique n’a été effectuée  par l’UE, en dépit du principe de précaution qu’elle a officiellement adopté. Heureusement, il existe encore certaines personnes lucides, comme Céline Fremault, ministre de l’Environnement de la région Bruxelles-Capitale, qui a interdit la 5G, estimant que « les Bruxellois ne sont pas des rats de laboratoire » dont elle « [vendrait] la santé au prix du profit (1). En revanche, nous autres couillons de français…
Ah oui !  Au fait : ça vous fait quoi de penser que le continent européen va dépenser500 milliards d’euros dans une technologie qui va faire exploser la consommation d’électricité » pour alimenter tous ces appareils connectés en permanence ? Si je vous dis « 5G » et « transition énergétique », est-ce que, comme moi, vous voyez une légère contradiction ?
(1) lire le passionnant et très complet article de Leila Milano, « Big data, multiplication des antennes et des ondes : bien venue dans le monde merveilleux de la 5G » (Bastamag.net, 11 avril 2019)

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