Complotisme – Après Notre-Dame, pas de trêve pour la haine

L’opinion 16 avril 2019 Nicolas Beytout
C’est devenu un réflexe obligé, en pareille circonstance : tous les partis politiques ou presque ont annoncé suspendre leur campagne pour les élections européennes, le temps que retombe un peu l’émotion provoquée par le désastre de l’incendie de Notre-Dame de Paris. Une forme de délai de décence avant que ne reprenne le cours de la vie publique, les annonces du chef de l’Etat et la bataille politique quotidienne. Comme toujours.
Pas de trêve, en revanche, pour le complotisme le plus crétin sur les réseaux sociaux : le sinistre se déclare dans les combles de la cathédrale quelques dizaines de minutes avant une intervention capitale d’Emmanuel Macron, c’est bien que le chef de l’Etat doit avoir quelque chose à cacher ; une silhouette est aperçue, immobile sur le toit en feu, et cette unique statue épargnée par la Révolution française devient un terroriste ; un pompier en chasuble circule sur les balcons d’une tour de la cathédrale et ce sera, vu de loin, un homme en djellaba. Il n’y a pas de frein au morbide, pas de limite à l’insinuation répugnante.
Pas de trêve, non plus, pour la haine, celle qui s’est déversée par dizaines et dizaines de milliers de messages sur les réseaux sociaux contre « les-milliardaires-qui-préfèrent-donner-pour-des-vieilles-pierres-plutôt-que-pour-les-pauvres ». Pas de pause dans le combat viscéral contre ces très riches Français : ils offrent, ce n’est pas assez ; ils donnent, c’est la preuve qu’on pouvait leur prendre. Dans les caisses vides d’un Etat surendetté, cet argent a beau être une aubaine et la seule condition d’une reconstruction rapide de Notre-Dame, la jalousie ne fait jamais relâche.
Partout dans le monde, on applaudit ceux qui donnent pour les arts, qui financent la culture ou sauvent un pan d’histoire. Partout, les mécènes sont remerciés pour leur générosité. Rares sont les sociétés où on les déteste. Ce sont des pays tristes.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.